René Girard philosophe politique malgré lui par Jean-Marc Bourdin

Jean-Marc Bourdin est docteur en philosophie de l’université Paris 8. Il a déjà commis Duchamp révélé et L’art contemporain à l’épreuve de la théorie mimétique. Il nous semble intéressant qu’un enseignant en philosophie étudie et compose sur René Girard quand on sait combien ce dernier se défiait de la philosophie. 

La difficulté pour les êtres humains reste la même depuis la nuit des temps : comment s’organiser pour la vie en société, en sachant que le désir qui agite les êtres humains peut être destructeur ? Alors que les sociétés démocratiques et libérales glosent sans cesse sur l’égalité, voire l’égalitarisme, certains tentent « de produire une philosophie politique originale » pour que les hommes puissent bénéficier de la concorde civile et de la paix des nations.

Cet ouvrage est, comme l’indique l’auteur, « issu de sa thèse de doctorat de philosophie, soutenue à l’université Paris 8 en septembre 2016 ». Il avoue lui-même que ses proches « l’ont soutenu en le laissant libre de cette entreprise fantaisiste : une thèse de philosophie écrite par un non-philosophe sur un penseur qui avouait sa naïveté philosophique quand il n’instruisait pas un procès contre la philosophie en l’accusant, comble de la provocation, de suivre les mêmes errements que les religions à propos de la violence. » Les disciples de Girard le savent pertinemment, la Bonne Nouvelle évangélique ne subit pas cette critique de la pensée girardienne, car selon elle, l’Evangile est le seul à démasquer le mythe de la violence, en rappelant « l’innocence de la victime émissaire » et en pointant du doigt « l’inefficacité de la violence sacrificielle ».

René Girard a produit une analyse, que nous trouvons extrêmement pertinente, sur la « Théorie Mimétique ». Le docteur en philosophie dit « qu’elle est l’explication ultime des comportements humains, dont nous devrions à tout prix nous délivrer si nous voulons accéder à des paliers plus élevés de notre humanité. »

Prenons le temps d’expliquer très sommairement cette thèse de Girard. Bourdin écrit : « La théorie mimétique peut ainsi se résumer en trois thèses articulées : le désir mimétique conduit fatalement les rapports humains à la rivalité ; le mécanisme du bouc émissaire est l’origine violente de la culture ; la révélation destructrice du mécanisme victimaire par le christianisme oriente le monde vers une apocalypse. La violence est donc potentiellement en chaque rapport humain, mais aussi à l’origine et à l’horizon de l’histoire de l’humanité. Le dévoilement de ses mécanismes est le projet assumé de la théorie girardienne. » Le propos se veut extrêmement clair, pédagogique et fondé. 

Partant de ces constats, nous comprenons ainsi que « Girard entend répondre à la question de la permanence et de l’omniprésence de la violence dans l’histoire, en indiquant que des menaces qui pèsent sur nous, la plus redoutable, nous savons, la seule réelle, c’est nous-même. » Au sujet de cette fameuse violence contemporaine, Girard déclare : « Ce que les gens appellent l’esprit partisan n’est rien d’autres que le fait de choisir le même bouc émissaire que ses voisins. » Ainsi, il n’y a aucun étonnement à ce que Girard « [reconnaisse] au grand prêtre Caïphe l’expression sous sa forme la plus haute de son idée du politique, laquelle aurait énoncée selon l’Evangile de Jean (11,50) : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière ». 

Cette réflexion brillante éclaire réellement l’œuvre de l’auteur du magistral et trop méconnu essai : « La violence et le sacré ». Bourdin apporte une précision sur l’idée de Girard à l’endroit du Grand Prêtre du Temple de Jérusalem : « Cette définition est typique de l’approche girardienne, minimaliste, inattendue, provocante, cynique en apparence, mais elle invite à une conversion générale au sein d’un monde qui, enfin conscient de cette injustice de la victime réconciliatrice arbitrairement choisie, renoncerait à toute mise à mort ou exclusion des victimes innocentes par la foule. » Nous ne saurions mieux dire.

La difficulté pour le Politique reste de comprendre et d’encadrer les passions humaines qui se fondent sur le désir. A l’heure des réseaux sociaux qui permettent une expression continue et en masse des citoyens, dont la majorité est bien souvent exclue, caricaturée ou censurée par les médias qualifiés de traditionnels, « le gouvernant doit prendre aussi en permanence le pouls de sa population, de l’élection périodique à l’enquête d’opinion ; il a pour obligation de considérer les opinions formulées par ses opposants, ne serait-ce que pour y répliquer. »

De fait, la tâche d’un pouvoir politique, quel qu’il soit, est d’assurer la cohésion sociale d’individus aux désirs à la fois similaires et antagonistes. Dans les deux situations, la violence ne se situe jamais très loin. En effet, si deux individus émettent le même souhait, cela peut déboucher sur la confrontation. De même, si deux personnes désirent deux choses contraires – pour prendre par exemple un cas simple mais extrême de la vie de tous les jours, ouvrir ou non la fenêtre dans un transport en commun, car l’un estime qu’il a trop chaud : même là, il existe un conflit sous-jacent. Le désir identique ou opposé peut ainsi, dans de nombreuses situations, donner naissance à une lutte, si les acteurs n’arrivent pas à s’élever au-dessus de la simple dimension passionnelle et émotionnelle. 

Bourdin rappelle très justement que « même les dictateurs n’agissent pas selon leurs seuls caprices, s’ils veulent se maintenir au pouvoir. Ils usent de la propagande quand les dirigeants issus d’élections libres indiquent s’adonner à la pédagogie et à la communication politique, une différence de degré plus que de nature. Tous visent à médiatiser les désirs de l’opinion publique. »

En réalité, les élections libres n’existent presque jamais dans l’histoire présente ou passée, car avant celles-ci, il y a toujours un cadre imposé – au moins sous-entendu, si ce n’est davantage – par les organisateurs des dites élections. Par la suite, Bourdin énonce une analyse qui rejoint l’idée que nous exposions précédemment : « Produit de phénomènes par nature collectifs, conflictuels ou consensuels, la vie politique ne peut se passer de suggestions acceptées ou refusées par ceux auxquels elles sont destinées. Il n’y a donc probablement pas de désir politique (ou pas de revendication) sans médiatisation par un, plusieurs ou tous les autres, que son objet soit la détention du pouvoir ou l’organisation de la vie de la cité dans un sens estimé favorable à au moins un des intérêts en jeu. » Certains diront encadrement, d’autres crieront à la manipulation…

La vie politique se construit ainsi par des miroirs, et donc des réflexions ou réfractions successives. Nous lisons avec intérêt : « Les désirs des gouvernants sont médiatisés par ceux des gouvernés et inversement. Quant aux désirs des opposants, ils se définissent par rapport au pouvoir détenu par les gouvernants, et en fonction de la capacité à se faire désirer davantage par les gouvernés. Et les exclus aspirent à la situation enviable des citoyens. Ces médiations multiples aboutissent à égalisation des forces en jeu. Celles-ci finissent par s’opposer, chacun essayant de l’emporter à l’aide des moyens d’expression offerts par les libertés publiques : vote, pétition, manifestation, influence sur les législateurs, action en justice ». C’est une des raisons pour laquelle nous répétons depuis des années que la démocratie s’apparente à un jeu, et un jeu parfois pervers…

A ce titre, ne soyons donc pas surpris de lire que « Girard signale, à la suite de Shakespeare, qu’il s’agisse d’une maîtresse, de gloire militaire ou du pouvoir politique, que les hommes ne peuvent en jouir que par reflet. » En fin de compte, l’homme évoluant sur l’échiquier social subit constamment « la médiation d’un autre dans l’appréciation du succès ou de la perte de confiance ». De fait, il ne faut pas feindre l’étonnement de constater le fait social suivant : « Dans un système représentatif, un parti, majoritaire ou minoritaire, est à la fois un modèle pour ses militants, voire ses électeurs, et un obstacle pour ses opposants. » Sur le papier et en théorie chaque organisation politique à volonté électoraliste « se trouve à égalité formelle de droits pour la conquête du pouvoir. Les accès aux financements peuvent être réglementés pour limiter le creusement d’inégalités dans la compétition. » Cependant, nous savons très bien que dans la vraie vie tout ceci est de la poudre de perlimpinpin. L’égalité dans la conquête du pouvoir par les urnes est une chimère, un mythe de la modernité démocratique qui malheureusement éblouit nombre d’individus en les empêchant de prendre du recul pour porter un regard objectif sur ce phénomène malsain. 

Depuis la Grèce Antique et ses plus fameuses tragédies – dont la farce du procès de Socrate, et l’aberration grotesque qui conduisit à la défaite d’Athènes face à Sparte – nous savons que la démocratie, et l’élection-compétition qui est sa fille ou son corollaire, provoquent forcément les maux suivants : démagogie, mensonge, corruption, manipulation, coups tordus etc. Aujourd’hui encore, les grandes démocraties, libérales ou non, entrent sans cesse en conflit. Bourdin stipule que « la rivalité entre nations est également sans fin dans la guerre comme dans la compétition pour la puissance économique ou pour le prestige international ». Il ajoute très justement : « si colonialisme et impérialisme ne sont plus de saison, l’état aspire à gagner en puissance politique, militaire, économique ou même culturelle, quitte à travestir ses ambitions sous le terme édulcoré d’influence. Et il ne se satisfait pas durablement de ses gains, toujours insuffisants, toujours à augmenter. »

En fin de compte, la démocratie ou le prétendu pouvoir du peuple par le peuple ne clôturent pas cette spirale de la violence. Au contraire, ils l’entretiennent à l’aide d’outils les plus sophistiqués les uns que les autres. Et il ne faut pas oublier que nous n’en sommes qu’au début… 

Plus prosaïquement, nous soutenons Lipovetsky qui stipule que « les sociétés de tradition encadrant strictement les désirs et les aspirations ont réussi à limiter l’ampleur de la déception, [tandis que] les sociétés hypermodernes apparaissent comme des sociétés d’inflation déceptive. » Une nouvelle fois, nous retrouvons la théorique mimétique à l’œuvre car « Girard, après Maria Stella Barberi, parle de spirale mimétique. Non seulement le désir politique est un désir mimétique, mais il subit comme ce dernier la sanction de la déception, déception qui rétroagit par la persistance ou le renouvellement des désirs des gouvernants, des gouvernés, des opposants et des exclus. »

Nous l’avons déjà écrit : tous nos choix sont politiques, notre manière de consommer ou de nous habiller, l’expression de nos idées personnelles, en passant par la musique que nous écoutons, ou les films que nous regardons au cinéma. Nous ne pouvons donc que nous réjouir du constat suivant : « au terme de ses recherches, Girard trouve chez Clausewitz le concept qui permet d’étendre la rivalité mimétique aux relations entre Etats : la guerre n’est rien d’autre qu’un duel à plus vaste échelle. » Pour être clair, la politique internationale correspond au champ de la rivalité entre les peuples ou les Etats. Ces derniers sont « réputés égaux puisque souverains. Cette rivalité entre les Etats est au cœur de la théorie (réaliste) des relations internationales. »

Une citation de ce génie universel que fut Pascal, issue de la Lettre XII des Provinciales, est placée en épigraphe d’Achever Clausewitz, dernière oeuvre de René Girard. Nous reproduisons cette citation : « C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité et ne peuvent rien pour arrêter la violence, et ne font que l’irriter encore plus. Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ; quand on oppose les discours aux discours, ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le mensonge. » Il s’agit d’un passage puissant qui nous invite à nous poser une question fondamentale : les hommes animés par des désirs contradictoires et violents sont-ils encore capables aujourd’hui de déterminer ce qui est beau, vrai, juste et bon ? Nous en doutons fortement… au vu du chemin que prennent nos sociétés.

Pour être le plus précis possible, l’origine des problèmes humains est parfaitement exposée dès le premier chapitre de la Bible. Nous citerons une nouvelle fois Girard : « Ce n’est pas un hasard si, dans la Genèse, l’histoire d’Abel et Caïn vient immédiatement après celle d’Adam et Eve. Ces deux histoires nous font passer du désir double de l’objet à la destruction du rival. Elles résument l’ensemble du processus mimétique et l’histoire de l’humanité ». Bourdin ajoute : « Le péché originel prend toute sa signification avec la succession de ces deux histoires de désir mimétique et de meurtre du semblable. La théologie met l’accent sur la désobéissance pécheresse tandis que les institutions politiques et religieuses s’efforcent de masquer les traces sanglantes de ces origines. » La doctrine du péché originel, énoncée en son temps par Saint Augustin parfaitement informé sur la faute d’Adam et la Passion du Christ, se trouve au cœur de la doctrine girardienne comme l’expose avec raison l’auteur. Or de façon curieuse et sans doute étrangement symptomatique, la réalité du péché originel est de nos jours questionnée et vidée de son sens par les théologiens les plus en vogue… René Girard en conclurait sans doute que le déni de nos origines nous rapproche chaque jour plus d’une apocalypse.

Avec sa thèse, Bourdin nous invite à la (re)découverte de la pensée de René Girard. Il met bien en avant le rôle central du désir dans les rapports humains et sociaux, au sens large du terme. Il conclut que l’égalité, loin d’apaiser les tensions, reste l’une des causes principales de la rivalité. Cet essai, que nous avons grandement apprécié, sous-titré « Pour une théorie mimétique des sociétés politiques » se prolonge par un tome 2, que nous avons déjà hâte de lire. Son titre est « René Girard, promoteur d’une science des rapports humains ».

Franck ABED

Le Coran décréé par Florence Mraizika

Florence Mraizika est docteur des Mines de Saint-Etienne et diplômée d’araméen de l’université Hébraïque de Jérusalem. Elle est par ailleurs spécialiste de l’intertextualité Bible-Coran et a étudié, au sein de l’Institut Catholique de Toulouse, le motif de l’alliance biblique dans le Coran ainsi que les strates de composition du corpus coranique. Avec cet ouvrage, sous-titré le défi de la science, elle propose une analyse du Coran en se basant sur les nouvelles découvertes sur les origines de l’islam. Précisons que la vision de l’auteur est exclusivement sunnite. Bien évidemment, l’islam ne se résume pas au sunnisme. L’histoire des premiers temps islamiques et les corpus ne sont pas les mêmes dans le sunnisme et le chiisme.

Il convient, pour bien commencer, de répondre à cette fameuse question : qu’est-ce que le Coran ? L’auteur écrit : « Le Coran est le livre saint de l’islam. De taille équivalente environ au Nouveau Testament, il se compose de 114 chapitres appelés sourates. Chaque sourate se compose de versets – des centaines pour les premières sourates, quelques-uns pour les dernières, les spécialistes allant même jusqu’à numéroter des sous-divisions au sein des versets. »

Que trouve-t-on réellement en lisant le Coran ? Là encore Mraizika propose une réponse factuelle : « Le Coran est un ensemble de récits, de narrations et de commandements. Dans la foi islamique, il s’agirait de la parole de Dieu lui-même, immuable et incréée, telle que son ange, Gabriel l’aurait révélée en arabe à Muhammad et telle que lui-même l’aurait alors prêchée dans l’Arabie du VIIème  siècle entre 610 et 632 (année de sa mort), entre les villes de La Mecque et de Médine, faisant de lui le prophète de l’islam. »

Il y a une notion importante sur laquelle nous ne voulons pas faire d’impasse : « Selon la tradition musulmane, cette prédication aurait été uniquement orale et apprise par cœur par les premiers compagnons de Muhammad. Des mises par écrit partielles et multiples auraient été initiées du vivant de Muhammad, mais c’est après sa mort que le Coran sera édité et normalisé. La tradition musulmane met en avant le rôle éminent du calife Othman, qui, prenant le pouvoir en 644, aurait entrepris la mise par écrit définitive du texte coranique. » 

Pour résumer, le Coran se présente comme la parole de Dieu révélée à l’humanité dans la langue arabe. Comme toute religion, elle affirme la supériorité de son Dieu, maître et créateur de l’univers auquel l’humanité doit se soumettre. L’auteur énonce que « le Coran présente de nombreuses histoires de personnages bibliques et parabibliques, revendiquées comme autant de personnalités islamiques : Abraham, Ismaël, Joseph, Pharaon, Moïse, Noé, Jonas, Jésus, Marie, etc. » Les musulmans étaient obligés d’agir ainsi pour justifier la prétendue continuité avec les monothéismes hébraïque et chrétien. 

Il faut aussi noter, contrairement à ce que laissent entendre certains musulmans, que « le Coran condamne les non-musulmans pour être rétifs à l’islam, en particulier les Gens du Livre, Chrétiens et Juifs, les premiers principalement pour être coupables du péché d’associationnisme, et les seconds pour avoir condamné Jésus, sali Marie et falsifié leur texte saint, la Torah, dont la substance aurait été initialement celle de l’islam. Ils sont voués à l’enfer ». Dire le contraire revient à omettre ou cacher un des points fondamentaux de la doctrine islamique. 

Nous en entendons souvent parler, mais le rappel ne nous semble pas superflu : « Le Coran exhorte les croyants au combat armé dans le chemin de Dieu, pour répandre et imposer l’islam. Il détaille les modalités du combat et de la guerre sainte (jihâd). »

Au cours de son analyse, elle pose une autre interrogation lourde de sens : « le Coran peut-il être lu par tout à chacun ? » Elle répond ainsi : « C’est un texte peu compréhensible par lui-même. Voire même incompréhensible. Comme il se présente, le Coran est en effet d’un abord difficile : pas de présentation du locuteur (des locuteurs ?), ni des personnages ; ruptures permanentes de style et de sens ; interruptions brutales des narrations qui sont reprises ou pas dans d’autres sourates ; ordonnancement arbitraire des sourates et versets ; injonctions et commandements parfois contradictoires. »

Autre remarque importante que mentionne Mraizika: « De fait, [le Coran] ne peut être compris sans clefs de lecture extérieures au texte ; ces clefs vont permettre d’expliquer qui sont les personnages mentionnés, les lieux, les circonstances. » Elle ajoute que les sources islamiques sont tardives : « Par exemple, pour ce qui concerne la biographie de Muhammad (sîra), auteur présumé du Coran (ou transmetteur depuis Dieu via l’ange Gabriel selon la foi musulmane), le premier document connu est un texte du IXème siècle, écrit par Ibn Icham qui revendique de l’avoir composé à partir d’une biographie précédente d’Ibn Ishaq, datant du VIIIème siècle, elle-même disparue. Les sources de première main se référant à l’histoire de la communauté islamique sont inexistantes. »

Pour les hadîths (tradition orale des faits et gestes de Muhammad et de la première communauté musulmane), « leur mise par écrit remonte pour les plus anciens à la fin du VIIIème siècle, mais nous ne disposons d’aucun document avant les recueils de Boukhari et Muslim, au IXème siècle. » Mraizika poursuit sur sa lancée : « Il n’existe en fait pas de sources de première main contemporaine de la communauté islamique de Muhammad. Tout comme pour la biographie Ibn Ishaq, il semble qu’elles aient été détruites volontairement. »

Il y a une autre question essentielle : le Coran a-t-il vraiment été écrit en arabe ? Nous pouvons lire dans son étude : « Le Coran que l’on lit de nos jours est bien sûr écrit en arabe. Mais l’étude des manuscrits coraniques anciens révèle des faits troublants. S’agissait-il vraiment d’arabe au moment de leur rédaction ? Pas tout à fait : les spécialistes évoquent plutôt un patchwork de langues, un sabir. »  Elle ajoute que « ces manuscrits ont en fait été rédigés dans un arabe archaïque, fortement mâtiné d’araméen, d’éthiopien et de pahlavi (persan), dont on détecte toujours les traces et influences dans le texte arabe normalisé actuel. » Selon différents examens, il y aurait dans le Coran « trois mots différents pour signifier Diable, appartenant à trois langues différentes et relevant donc de trois conceptions différentes. »

L’auteur écrit par la suite : « la difficulté majeure rencontrée par les linguistes, c’est l’absence de tout lexicographe ou dictionnaire de l’arabe des VIIème et VIIIème siècles pour pouvoir trancher quant au sens des mots dans les manuscrits anciens. » Malheureusement, elle semble méconnaitre Khalil ibn Ahmad (718-791) qui a rédigé le premier dictionnaire de la langue arabe, le Kitab al-Ayn (Le livre source). A la suite de celui-ci, une douzaine de dictionnaires arabes seront rédigés jusqu’au XVème siècle.

Nous lisons avec intérêt que « les difficultés sont en fait plus considérables encore que ces affaires de vocabulaire, car il faut aussi intégrer les écueils de la grammaire et de la rédaction du texte. Même si la plupart des lecteurs actuels du Coran sont persuadés de lire le même texte que celui qu’Othman aurait fait mettre par écrit, ils ne peuvent pas en conclure pour autant qu’ils le comprennent comme Othman lui-même l’aurait compris. »

Peu de gens le savent ou le prennent en compte, mais « tout comme pour le sens des mots, la calligraphie et la grammaire de la langue arabe écrite ont évolué depuis le VIIème siècle. Or l’on sait de fait bien peu de choses sur cette évolution. » Selon l’auteur, « des réformes orthographiques, calligraphiques et grammaticales majeures ont affecté le texte coranique. Elles ont été réalisées, au cours des VIIIème et IXème siècles, par des scribes et grammairiens persans sous le califat abbasside de Bagdad. »

Il existe aussi de nombreuses erreurs théologiques et philosophiques dans le Coran. Nous relevons celle-ci : « Jésus coranique, verbe de Dieu aurait dû parler et écrire arabe, langue islamiquement céleste. Le Verbe de Dieu est un attribut de Dieu et pourtant le Verbe de Dieu, Jésus, ne parlait pas la langue du Coran, verbe incréé. Jésus Verbe ne maitrisait pas l’arabe, la langue du futur Paradis coranique ; Jésus n’écrivait pas en arabe. »

De même, nous relevons au passage que Muhammad n’était pas un prénom, mais un titre attribué au roi ou à une divinité, qui en outre existait bien avant le messager de l’islam. On le retrouve sur de nombreuses pièces arabo-byzantines à côté d’un portrait et parfois d’une tête de taureau en tant que symbole païen. Mraizika cite Guillaume Dye, qui axe son argumentation sur le fait que le Coran est plus « un corpus qu’un livre, à savoir la réunion de textes relativement indépendants et hétérogènes, relevant de genres littéraires assez variés et qui n’étaient pas initialement destinés à être réunis en un codex. » 

A la lecture de ce livre une conclusion s’impose : il semblerait que l’élaboration du Coran ait pris aux moins deux siècles, sous l’autorité des premiers califes. Effectivement, nous trouvons sur les feuillets des Corans les plus anciens, comme le codex de Sanaa découvert en 1972 au Yémen, plusieurs strates d’écritures superposées : des parties effacées et réécrites, des phrases entières modifiées. Cela remet en cause la vision islamique d’un texte dicté par l’Ange Gabriel à Muhammad dans « une langue arabe claire ».

Cet ouvrage de 120 pages explore les origines de l’islam, loin du politiquement correct et de la haine anti-islamique irréfléchie, que nous ne voyons que trop souvent quand il s’agit d’évoquer cette religion. Pour être rationnel et juste, il suffit d’apporter, comme le fait Mraizika, une critique scientifique et intellectuelle du Coran, sans jamais user de grossièretés, ni de calomnies. Concrètement, l’étude est construite comme un catéchisme, comprendre : sous le format de questions et de réponses. Au terme de ce parcours, nous trouvons huit pages de photos, qui illustrent et corroborent les différents éléments délivrés dans le corps du texte. 

Sans jamais tomber dans la polémique vaine et stérile, l’auteur croise un ensemble d’éléments archéologiques, littéraires, numismatiques, codicologiques pour nous présenter une remarquable synthèse. Cette dernière est abordable par le plus grand nombre, ce qui présente un avantage certain pour la diffusion des idées et de la science. La pertinence des arguments utilisés mérite également d’être soulignée. L’ensemble, que nous avons réellement apprécié, propose une vision alternative fondée en raison et crédible à la version islamique au sujet de l’apparition de l’islam dans l’histoire.

Franck ABED

Conférence 2 Avril retour sur un événement révolutionnaire 225 ans après !

Bonjour,
La Montagne est une petite commune à 15 kms à l’Ouest de Nantes.
Les 2 et 3 avril 1794, 210 hommes et 22 femmes suspectés de soutien à la cause royaliste sont raflés à Bouguenais par les républicains (nous étions à l’époque à Saint-Jean-de-Bouguenais, la commune de La Montagne n’existait pas encore). Les malheureux sont « entassés » dans les écuries, les granges et greniers du château d’Aux. Les jeunes femmes déposées dans la chapelle.

Des historiens locaux se sont intéressés tardivement à cette question. Une plaque commémorative a été posée en septembre 2015 à l’initiative des Sages de la commune. Ensuite des recherches poussées ont été faites par Daniel Palis, historien local. Fin 2017, une exposition et une conférence ont eu lieu à la Montagne. La conférence a ensuite été donnée en plusieurs endroits.

Daniel Palis et Pascal Rabevolo ont répondu à l’invitation de Nantes Renaissance afin d’offrir cette conférence à Nantes, à la date anniversaire,ce mardi 2 avril 2019 à 18h, à l’auditorium du Musée d’Histoire Naturelle de Nantes.

Sincères salutations.P H.

L’islam à la conquête de l’Occident par Jean-Frédéric Poisson

Jean-Frédéric Poisson est le président du Parti chrétien-démocrate. Ancien député, élu local, il a présidé la commission d’enquête parlementaire sur les moyens de Daech, et piloté les travaux de la commission des lois sur l’état d’urgence. Avec ce nouvel ouvrage, il analyse en détail un document stratégique, adopté par de nombreux Etats musulmans à l’automne 2000, qui vise « à installer à la place de la société occidentale déclinante une civilisation de substitution, l’islam, seule religion susceptible de rendre les hommes heureux ».

L’auteur pose un constat que nous relevons : « Il est nécessaire de marteler que l’islam ne se conçoit pas autrement que global. Sa revendication n’est ni seulement spirituelle, ni seulement juridique, ni seulement éthique, ni seulement politique : la revendication de l’islam est la charia tout entière, c’est-à-dire la mainmise sur tous ces éléments à la fois. » Il prend le soin de préciser son propos : « Dans le cadre de la charia, il est évidemment interdit de critiquer l’islam de quelque façon que ce soit, sauf à se retrouver, comme l’ont été d’innombrables intellectuels, journalistes, opposants politiques, clercs d’autres religions, emprisonné ou exécuté. » Poisson écrit avec beaucoup de justesse « que le seul fait de traiter la question du droit ou non de critiquer l’islam dans un pays occidental, où en principe la liberté de penser, de croire et de s’exprimer est garantie par la Constitution, constitue une reculade à l’égard de cet Islam global. » 

Dans le même ordre d’idées, l’auteur rappelle un fait politique relativement occulté par les médias dominants : « Le maire du Havre, aujourd’hui Premier ministre, a décidé de jeter à la poubelle huit mille portions de mousse au chocolat qui devaient être servies dans les cantines municipales, au motif que cette mousse était préparée à base de gélatine contenant du porc. » A l’heure où les pouvoirs publics nous martèlent constamment un message écologique et érigent la lutte contre le gaspillage alimentaire comme une priorité, sans oublier les  5 à 9 millions d’individus qui, sur le territoire national, vivent sous le seuil de pauvreté (1), cette décision s’apparente à un véritable scandale. Il existe néanmoins un autre aspect – probablement plus important – sur lequel Poisson insiste : « Cette décision de pur renoncement n’a qu’une seule signification : une capitulation pure et simple devant la pression exercée par certains membres de la communauté musulmane, au mépris des règles en vigueur dans les écoles républicaines. » Il ajoute même qu’ « une décision de cette nature n’a qu’un effet, encourager les revendications identitaires et les conforter, en faisant preuve en l’espèce d’une forme de naïveté dangereuse – ou du moins d’une confiance exagérée. »

Au sujet du fameux document qui est le cœur de l’étude proposée par Poisson, nous lisons avec intérêt : « Il y a un quart de siècle, les organisations islamiques internationales entamaient une réflexion stratégique destinée à clarifier leur rôle et leurs objectifs à l’égard des communauté musulmanes occidentales. Cette réflexion stratégique devait aboutir à l’adoption et à la publication d’un texte intitulé ‘Stratégie de l’action culturelle islamique à l’extérieur du monde islamique’. » Poisson propose d’en retracer l’histoire et les intentions.

Il mentionne souvent l’ISESCO : Islamic for Education, Science and Culture Organisation (2). Celle-ci indique sur son site le contexte ou les origines de sa création : « L’idée avait germé dans l’esprit des dirigeants, des leaders et des pionniers de la renaissance de l’aube du réveil du monde islamique. » En définitive, et comme l’explique l’auteur, « il s’agissait de donner corps à l’un des objets de la solidarité islamique. » Lire la Charte de cette organisation, pour comprendre et connaître ses objectifs, relève d’un impératif majeur. La conviction des fondateurs de l’ISESCO établit que « l’islam, religion de paix, de tolérance et d’ouverture, représente un mode de vie et une force spirituelle, humaniste, morale, culturelle et civilisationnnelle, et qu’il a apporté et continuera d’apporter une contribution constructive et essentielle à l’édification du monde islamique et au progrès de la civilisation humaine. »

Très concrètement, comme le prouvent les passages rapportés par Poisson, « la charte fondatrice de l’ISESCO, tout comme la charia, puise son inspiration dans le cadre exclusif de la culture islamique, dont la propagation est également la seule finalité. » Le texte se poursuit dans le même esprit, en indiquant que « l’ISESCO soutiendra toutes les organisations islamiques, officielles ou non, publiques ou non dans le monde entier. La condition est qu’elles adoptent comme cadre d’action le référentiel civilisationnel islamique, qu’elles s’attachent à promouvoir le vrai Islam et l’identité islamique, dans l’intention de soutenir les musulmans établis en dehors du monde islamique. » 

Le commentaire de la « Stratégie » ne laisse aucune équivoque : « la question centrale de [cette organisation] est comment faire progresser la charia en Europe ? Et non pas comment aider les musulmans occidentaux à mieux vivre leur foi au quotidien. » Poisson précise, en se basant sur ces documents, que « l’islam a [ainsi] le devoir de protéger ses enfants là où ils sont en fragilité, et, dans le même temps, de former ces mêmes enfants à user des faiblesses et bénéficier des services et des opportunités offerts par les civilisations adversaires pour renforcer leur présence et leur domination. En fait la présence et la domination de l’Oumma. » 

Le plus surprenant reste que « finalement, l’ambition de ce document n’est pas si cachée que ça. Il s’agit de profiter de la sécularisation des sociétés occidentales et de la faiblesse qui en découle pour implanter l’islam, le propager petit à petit, et le proposer à la fin du compte comme un nouveau modèle social. Les auteurs du document – en fait les Etats musulmans – considèrent que les communautés musulmanes occidentales doivent profiter intelligemment de la période difficile de transition que traverse l’Occident. Ou plutôt, puisque celui-ci semble sorti du christianisme sans avoir trouvé une colonne vertébrale de substitution, il est nécessaire d’en profiter pour faire de l’islam le nouvel horizon de l’Occident ». Poisson en tire subséquemment la conclusion logique que « le passage consacré à la fixation des communautés islamiques à l’extérieur du monde islamique est révélateur de cette volonté de tirer avantage de cet état du monde occidental ». 

L’interrogation que nous pouvons légitimement nous poser est : pourquoi en venir à commenter ce document ? Poisson répond que sa volonté consiste à « alerter les responsables politiques occidentaux. Il est de bonne politique, au moins à titre d’information, de s’interroger sur les stratégies des grandes organisations internationales. Lorsque cinquante-sept Etats musulmans (arabes ou non) prennent la peine, sur une durée de presque vingt-cinq ans, d’élaborer une stratégie d’action destinée aux pays dans lesquels nous vivons, la moindre des choses est d’en prendre connaissance, de manière détaillée et finie, et d’en tirer les conséquences et conclusions pratiques. » De fait, il demeure important d’étudier ce document stratégique, car à ce jour il reste « inconnu, ou en tout cas fort peu connu de l’opinion publique et des responsables politiques français. »

Rappelons encore une fois qu’il s’agit d’un texte officiel, qui « émane des instances représentatives par excellence du monde musulman. Il a été élaboré par les organes les plus officiels et les plus élevés des organisations qui rassemblent ces Etats. » N’oublions pas de citer l’OCI (Organisation de la Coopération Islamique) qui s’est donné « pour objectif de faire entrer la sphère des états arabes musulmans dans le concert international ».

Ainsi, l’intention de Poisson se dévoile avec une lucide transparence dans son ouvrage : face à ce document, « l’importance de son contenu, son orientation délibérément et foncièrement pratique et concrète, le fait qu’il constitue un véritable plan d’action destiné à tous les responsables associatifs musulmans implantés en Occident requièrent de porter à la connaissance du grand public ce texte fondateur, et d’en expliciter les déclarations, les intentions et les non-dits ». 

La « Stratégie » indique clairement le chemin que suivent les communautés musulmanes installées en Europe : « Par réaction à la pression laïciste ressentie par les musulmans, il est nécessaire de renforcer l’attachement des jeunes aux principes de leur foi, à l’authenticité de la religion, et spécialement à la présence de cette expression dans l’espace public. C’est un devoir essentiel de sauvegarder l’identité culturelle islamique, pour lutter contre tout ce qui unit à la foi elle-même, et à l’attachement à l’islam. » Comment mettre cela en pratique ? Deux sortes d’actions sont dévoilées : « la première est le renforcement des caractères culturels de la communauté musulmane et l’affirmation de l’attachement à l’identité islamique. La seconde est l’éducation des musulmans occidentaux. C’est un objectif stratégique de leur inculquer les principes et les fondements même de la culture islamique. »

Il est plus que pénible de voir des musulmans se plaindre constamment de leurs conditions de vie dans les pays occidentaux où ils ont choisi de venir s’installer, ou de rester. Nous rejoignons l’auteur quand il écrit : « Après tout, puisque les musulmans occidentaux sont si mal traités dans leurs pays hôtes, pourquoi les pays musulmans n’engageraient-ils pas un grand plan d’accueil des musulmans occidentaux dans les pays musulmans ? » Au niveau des individus, chaque musulman se sentant opprimé sur le Vieux Continent pourrait, par lui-même et sans coercition, envisager une migration dans son pays d’origine ou dans un autre pays musulman. J’en connais qui ont agi en ce sens, mais ils sont vraiment trop peu nombreux. Cependant, certains chefs d’Etat ne donnent pas le bon exemple en venant recevoir des soins en France…

Nous savons pourtant que de nombreux pays musulmans ne sont pas avares de critiques envers les pays européens au sujet du « sort réservé » à leurs coreligionnaires. Comme si ces derniers subissaient quotidiennement des lois discriminatoires et des ratonnades. Ces accusations frisent le ridicule, la mauvaise foi, et surtout l’incohérence, comme le dit très bien Poisson : « Ces accusations lues sous la plume de représentants officiels des Etats musulmans sont insupportables, surtout lorsqu’on connaît la manière dont ces Etats eux-mêmes traitent les étrangers qui séjournent sur leur sol. Des pays qui réinventent chaque jour l’esclavage moderne en exploitant les travailleurs étrangers, pour ne citer que cet exemple, seraient bien inspirés de s’astreindre au silence. »

L’auteur énonce que « le sentiment d’appartenance à l’Islam transcende lui aussi toute forme d’autorité ou de vie communautaire autre que musulmane. » Est-ce vraiment choquant ou surprenant que des musulmans désirent se reconnaître dans leur appartenance à l’islam ? Nous ne le pensons pas. De même, les musulmans croient – et ils se trompent là-dessus – détenir la vérité religieuse. Ils souhaitent donc que le monde devienne musulman. N’est-ce pas une des suites logiques de leur foi ? Pour eux, Abraham Père des croyants était musulman ! En réalité quel est le vrai problème : la faiblesse et la nullité des dirigeants européens ou le fait d’avoir en face de soi un islam organisé et conquérant ? 

Poisson propose à cet égard une analyse très pertinente et pointue de la « Stratégie », mais qui s’en tient malheureusement au cadre républicain. Toutefois, il ne s’arc-boute nullement dans une posture dénonciatrice ou défensive. Pour sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes, il propose différentes pistes – certaines intéressantes, d’autres plus contestables -, afin d’essayer d’éviter un affrontement qui nous pend au nez à plus ou moins longue échéance. Il écrit – entre autres – qu’il faut en finir avec l’amalgame qui consiste à penser que le catholicisme et l’islam sont pareils. Selon lui, il convient d’appliquer réellement la loi de 1905 et de la faire évoluer si besoin. Il propose de lutter contre l’islamisation et l’influence néfaste des pays étrangers, tout en renonçant à vouloir organiser l’islam mais en protégeant les réformateurs. Il évoque également le sujet « d’un Concordat pour les musulmans » et veut que ceux-ci abandonnent leur projet de conquête. Il souhaite qu’une critique scientifique et intellectuelle de l’Islam voit le jour sans pour autant le détruire… Vaste programme que chacun sera libre de juger pertinent ou non.

Ce document stratégique est officiel. Il est évident qu’il aurait dû être connu et commenté depuis fort longtemps. Poisson corrige ce manque en étant le premier responsable politique français à le faire connaître dans le détail, afin que chaque Français soit au courant… 

Ceci nous remettra bien entendu à tous en mémoire la fameuse Charte islamique universelle des droits de l’homme, en cours de toilettage, qui précise bien ne reconnaître de droits aux hommes et aux femmes que dans le cadre de la charia…

Franck ABED

(1) Chiffré donné par L’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale

(2) Organisation Islamique pour l’Education, la Science et la Culture

Atlas historique de l’Afrique : Des origines à nos jours par Bernard Lugan

 

Bernard Lugan a écrit plus de 30 ouvrages consacrés à l’Afrique. Il est universitaire et expert auprès du TPIR (ONU). Il fut professeur à l’Ecole de Guerre et aux Ecoles de Saint-Cyr-Coëtquidan. Par ailleurs, il dirige la revue numérique l’Afrique Réelle.

Avec la publication de cet atlas, Lugan dresse un bilan des connaissances historiques au sujet du continent africain. Il y décrit les permanences et les ruptures qui expliquent en grande partie les crises actuelles. Elles permettent également de prévoir celles de demain. Concrètement, des origines de l’Homme aux conflits tribaux d’aujourd’hui, nous pouvons suivre l’histoire de l’Afrique en parcourant les 250 cartes parfaitement légendées.

Au sujet de la cartographie, rappelons ce qu’écrit le professeur Hubert Deschamps en 1971 : « Les nouvelles frontières tracées en Europe sur des cartes à petite échelle, parfois fausses, étaient le plus souvent des lignes droites ou des cercles, toute une abstraction géométrique ne tenant pas compte des peuples, le plus souvent ignorés. De là, des découpages à la hache, une boucherie diplomatique ». Ce constat est sans appel. Deschamps ajoute : « Une Gambie anglaise taillée dans les peuples wolof et mandingue accordés à la France. Les Evhé coupés en deux tronçons, anglais et allemand (Ghana et Togo). La création artificielle de grands ensembles comme le Nigéria, le Tchad, le Soudan, groupait dans les mêmes frontières des peuples du Nord, anciens esclavagistes et les peuples du Sud qu’ils avaient rançonnés ; les premiers, musulmans, n’avaient eu aucun scrupule à lancer des raids des chez les seconds païens. De là, des souvenirs qui les portaient assez peu à vivre ensemble. » C’est une longue citation, mais nous nous estimons nécessaire de la produire pour comprendre « le péché originel » de l’Afrique, comme l’analysait Deschamps il y a presque 50 ans.

Lugan estime, et nous le rejoignons, que « ce constat est licite dans ses grandes lignes ». Toutefois, il apporte une précision fondamentale : « Cependant, à y regarder de plus près, les réunions de nombreux peuples au sein de la même entité administrative posèrent peu de problèmes tant qu’ils furent soumis à un même maître étranger. Les difficultés apparurent lors des indépendances, quand l’ethno-mathématique démocratique donna la victoire aux plus nombreux. D’où les problèmes qui se posèrent avec les peuples minoritaires. »

Nous l’avons compris, les logiques politiques européennes et le découpage arbitraire de l’Afrique qui ne prenaient pas en compte les spécificités ethniques, linguistiques et religieuses donnèrent naissance à de véritables bombes à retardement. En définitive, tant que l’Européen était là pour administrer des peuples différents sous une même autorité, les complications et clivages ne se montrèrent pas si importants. Mais une fois l’indépendance obtenue, les différents groupes ethniques se livrèrent à des conflits impitoyables dont l’écho se fait encore entendre aujourd’hui. En même temps, il nous faut tout de même reconnaître que vouloir faire vivre des esclavagistes et des esclaves au sein de la même entité politique et territoriale, étaient aussi intelligent que de travailler à la cohabitation des animistes, des païens et des musulmans…

L’auteur rappelle à juste titre que « la brève parenthèse de moins d’un siècle que fut la colonisation, et qui s’ouvrit dans les années 1880 pour s’achever dans les années 1950, perturba en profondeur les équilibres continentaux. La conquête coloniale se fit en effet généralement à l’avantage des pôles littoraux avec lesquels les Européens avaient noué de séculaires relations et qui, dans bien des cas, avaient été leurs partenaires durant l’époque de la traite esclavagiste. » Il précise également que « les Empires qui résistèrent à la colonisation, furent défaits au profit des populations qu’ils dominaient. » Le dominé devenait le dominateur et il n’entendait pas faire table rase du passé.

Comme l’explique très bien Lugan : « Sur les décombres de ces empires ou sur les mosaïques ethniques régionales, les tracés coloniaux ont plaqué un artificiel maillage à l’intérieur duquel les Etats post-coloniaux ne sont le plus souvent que des coquilles juridiques vides ne coïncidant pas avec les patries charnelles qui fondent les véritables enracinements humains. » Il s’agit d’une analyse imparable.

Pour saisir l’Afrique dans ses particularités humaines et sociales, il convient de ne pas oublier sa géographie. A ce titre nous lisons avec intérêt que « sur la carte, le continent africain apparaît comme un bloc de 30 millions de kilomètres carrés. A la différence de l’Asie, de l’Amérique du Nord ou de l’Europe, il ne présente ni vastes échancrures, ni péninsules digitées, ni chapelets d’îles. » L’auteur souligne d’autres spécificités du continent africain : « Cet aspect massif est d’ailleurs le seul trait unitaire d’un continent aux milieux profondément individualisés, souvent isolés les uns des autres par des barrières naturelles. »

Lugan détaille son propos de la meilleure des manières : « Les pluies et les climats permettent de mettre en évidence au moins cinq Afriques : les Afriques des déserts, les Afriques des savanes, les Afriques des forêts, les Afriques des hautes terres et les Afriques tempérées. Chacun de ces grands ensembles est divisés en une infinité de sous-ensembles régionaux. » A l’aune de ces démonstrations, nous comprenons encore mieux le désastre des découpages opérés en dépit du bon sens par les colonisateurs.

En ce qui concerne les religions, voici le propos que nous tenons à relever : « En dehors de survivances animistes minoritaires et difficile à quantifier, les Africains sont chrétiens ou musulmans. Islam et christianisme sont deux religions importées introduites en Afrique depuis l’extérieur et à des moments historiques différents. » Lugan explique de manière claire et précise le contexte de ces implantations. Là aussi, les différentes cartes proposées permettent de bien comprendre les analyses produites par l’auteur.

En plus d’aborder les religions, les ethnies, les langues, la géographie, le climat, Bernard Lugan n’esquive pas le sujet vital de la démographie. Il écrit à ce propos : « Avec un taux de croissance voisin de 4%, la population africaine double tous les 20 ans. Dans les années 1950-1960, la population du continent était d’environ 275 millions d’habitants, soit 9% de la population mondiale. Dans les années 1990 les Africains étaient 650 millions, soit 12% de la population mondiale. En 2050, 40% des naissances mondiales seront africaines et en 2100 avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent abritera 1/3 de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara. » Ces chiffres donnent le tournis et montrent l’urgence du problème. Bien évidemment il s’agit de projections, et rien ne dit que les courbes des naissances continueront à se maintenir à ce rythme au cours des prochaines décennies.

A ce jour, comme l’énonce avec pertinence et clarté Lugan, « cette démographie galopante menace les équilibres politiques et produit des masses de pauvres. Elle constitue donc une bombe sociale et politique, car 850 millions d’Africains vivent actuellement dans la pauvreté, des millions d’entre eux ne survivent que par l’assistanat et 150 millions sont à la limite supérieure de la pauvreté. » La situation se montre donc extrêmement préoccupante.

Pour prétendre résoudre les problèmes de l’Afrique, il faut déjà commencer par maîtriser les différents aspects de ce vaste continent et ne pas reproduire les erreurs du passé. L’auteur développe avec ampleur et brio une idée que nous approuvons sans réserve : « Le développement de l’Afrique demeurera […] une chimère tant que la démographie n’y sera pas contrôlée. En dépit des sommes colossales qui y ont été déversées par les pays riches, au lieu de se développer, le continent africain s’est au contraire appauvri, puisque la croissance économique (entre 1,4% et 1,6% en 2017), y est inférieure à la croissance démographique (3-4%). » Comme souvent, l’argent ne résout pas tout…

Bernard Lugan source et référence précisément chaque analyse. Nonobstant la masse considérable d’informations, le chapitrage précis permet de s’y retrouver sans difficulté. La bibliographie présentée en fin d’ouvrages s’avère précieuse pour approfondir nos études. Cet atlas, que nous avons grandement apprécié, peut être considéré comme un outil de référence pour ceux qui désirent connaître, apprendre, étudier les constantes historiques et ethniques qui caractérisent la géopolitique des Afriques.

Franck ABED

Gilets Jaunes de l’essoufflement à la prise de conscience ?

Personne n’aurait pensé en octobre 2018 que les Gilets Jaunes continueraient leurs manifestations en mars 2019. Comme nous l’avons déjà écrit, la détresse de ces derniers et leur grande motivation ne doivent jamais nous faire oublier le sérieux dramatique et désillusionné du constat politique. Il était naïf de croire que les Gilets Jaunes pourraient changer le rapport de force entre les dominants et les dominés. En réponse, Macron leur a accordé le « Grand Débat National », qualifié par Mélenchon de « grand bavardage macronien ». Le GDN a montré les deux faces de la comédie républicaine : « la dictature, c’est ‘ta gueule’ ; la démocratie, c’est ‘cause toujours’ ». Pour être clair, nous n’obtenons jamais le droit à la parole, et si les responsables politiques, pour calmer l’ire populaire, semblent l’accorder, ils s’en moquent en réalité éperdument.

D’une manière générale, nous constatons que ni les revendications des Gilets Jaunes, ni bien sûr les thèmes imposés par l’exécutif pour le GDN, n’abordent les vrais sujets : Dieu, la France, la légitimité politique, les questions institutionnelles, la morale et les mœurs – en particulier les attaques continuelles contre la famille – la souveraineté de notre pays, l’immigration légale et clandestine, la crise identitaire, la propriété privée face à la confiscation d’état, etc. Est-ce là l’explication principale de l’insuccès de cette « révolte citoyenne » et du GDN ? Nous le pensons fortement. Posons le sujet clairement et reprenons les trois tamis du grand Socrate : vérité, bonté, utilité. Les sujets évoqués esquivent la vérité : pour beaucoup, ils expriment un ressenti personnel ou sentimental. La bonté est quant à elle mise à mal par des violences que le pouvoir sait sinon susciter, du moins laisser faire, et instrumentaliser pour manipuler l’opinion. Quant à l’utilité… : à quoi cela sert-il de contester un système si, en définitive, les « contestataires » ne le remettent pas en cause dans ses fondements ?

Alors que notre pays traverse une crise religieuse, (géo)politique, sociale, philosophique et morale sans précédent, les préoccupations de beaucoup de Français se concentrent sur les taxes, les vacances estivales, la météo pour pouvoir déjeuner dehors, l’élimination des clubs français de football des compétitions européennes, leur future coupe de cheveux ou le prochain tatouage maori sur l’épaule… Toute proportion gardée, nous vivons la chute de Rome. Nous sommes très peu à nous en rendre compte. A quand une prise de conscience massive ?

Rappelons tout de même que les Gilets Jaunes n’ont, selon leurs propres chiffres, jamais réuni plus de 300 000 manifestants dans la rue (1). Alors oui, chacun sait que pour le comptage il existe souvent un décalage entre les données fournies par les organisateurs et le gouvernement. C’est encore le cas dans notre affaire. Néanmoins, nous remarquons que la tendance relevée par les Gilets Jaunes et le Ministère de l’Intérieur montre clairement une baisse de la mobilisation depuis l’Acte IX du 12 décembre 2019 : l’écart porte sur le niveau de mobilisation, non sur l’évolution de fond. Tout indique clairement une courbe descendante, et il n’y a rien d’étonnant à cela… Nous l’avons répété maintes fois depuis des mois : les Gilets Jaunes ne perçoivent pas l’enjeu civilisationnel de notre époque.

Sisyphe fut condamné par les dieux – pour les avoir défiés – à essayer éternellement de faire rouler jusqu’en haut d’une colline du Tartare un rocher, qui, avant d’atteindre le sommet, redégringolait chaque fois tout en bas. Il y a un peu de cela chez les Gilets Jaunes. En effet, ils continuent leurs actions pour… les continuer. Le sens de leur combat semble s’être évaporé au fil du temps, car il s’est heurté à la fois au mutisme du gouvernement et à l’indifférence de la majorité des Français. Finalement, la dynamique n’a jamais penché en leur faveur. La première journée de mobilisation fut la plus forte et ensuite celle-ci s’est distendue, puis étiolée. Nous sommes loin de l’effet boule de neige. Pour ne pas se déjuger et perdre la face, ils appellent encore à défiler dans la rue les samedis. Mais c’est fini : les Gilets Jaunes ne renverseront pas le régime macronien. Ce dernier ne prendra pas réellement en considération la majorité des revendications. Ne serait-il pas enfin venu le temps d’une réelle prise de conscience politique ?

Effectivement, depuis leur lancement, les Gilets Jaunes se sont trompés dans leurs idées et dans l’expression de celles-ci. Un seul exemple pour illustrer notre propos : au lieu de bloquer les Français aux péages ou aux ronds-points, il aurait fallu tenter de bloquer les institutions : l’Elysée, Matignon, le Sénat et l’Assemblée ? ou tout simplement les Impôts, Mairies, Préfectures. Nous sommes, nous Français, épris de liberté. France vient du peuple Franc qui signifie « homme libre ». Entraver notre liberté fut une véritable erreur tactique qui découle d’une très mauvaise analyse politique. Certains l’oublient d’ailleurs trop souvent, mais en République il faut demander le droit de manifester… En 1789 ou en 1917, je ne suis pas certain que les révolutionnaires aient supplié Louis XVI ou Nicolas II pour se réunir sur la place publique et mener leurs exactions. Autres époques, autres mœurs !

Selon les chiffres de l’AFP, 400 à 500 000 personnes auraient participé à la grande farce de la consultation démocratique. Ajoutons à ce chiffre les Gilets Jaunes, et nous arrivons en tout et pour tout à moins d’un million de personnes qui ont concouru à ces deux exercices ‘démocratiques’, dans un pays où nous sommes 67 millions. L’exécutif déploie même toute son énergie pour trouver des participants en vue de clôturer les travaux du GDN. Cela en dit long sur le succès de cette entreprise… Quand est-ce qu’ils comprendront tous que la démocratie ne correspond pas à l’expression du génie de notre peuple ?

Tocqueville ne figure pas dans notre panthéon intellectuel, mais nous reconnaissons qu’il a développées certaines analyses remarquables. Les institutions et les pratiques démocratiques, écrivait-il, « réveillent et flattent la passion de l’égalité sans jamais la satisfaire pleinement ». Les Gilets Jaunes et le « Grand Débat » illustrent parfaitement ce constat. A bien y regarder, le « grand bavardage » ressemble étrangement au RIC (2) réclamé par… les Gilets Jaunes. Les participants aux deux événements, souvent les mêmes d’ailleurs, oscillent entre l’espoir vain d’être entendus et la crainte réelle d’être trompés. Voilà la réalité démocratique que nous ne cesserons jamais de dénoncer. Elle s’érige d’elle-même en véritable imposture. Vouloir rester dans ce cadre institutionnel indique clairement qu’on ne mesure pas la nocivité d’un tel système. Et dire que des partis dits de droite, de droite dure, et de droite extrême soutiennent le RIC et la démocratie populaire. Pas étonnant qu’ils échouent depuis des années à conquérir le pouvoir ! (3)

Macron a beaucoup de défauts, les plus importants étant ses idées politiques, mais ne faisons pas l’erreur de le considérer comme un stupide. Les Gilets Jaunes veulent le RIC. Il leur accorde un hochet auquel personne ou presque ne participe. Cependant, le Président pourra toujours expliquer qu’il a entendu les aspirations profondes des Gilets Jaunes en ayant organisé le GDN. Entendre n’est pas écouter ! Il faudrait être un véritable idiot ou une personne très cynique pour considérer que les inquiétudes, les révoltes, les crises dans lesquelles nous sommes plongés depuis des lustres, seront réglées par des logorrhées verbales sentencieuses…

Dans un système sain, comprendre une monarchie catholique de droit divin, l’opinion publique (abreuvée par les mass médias), les sondages (réels ou truqués), les organisations financières nationales ou transnationales ne gouvernent ni n’exercent une pression négative sur l’Etat. Pourquoi ? Tout simplement parce que le Roi ne tire pas sa légitimité du peuple, de l’élection, ni de l’onction cathodique. Le pouvoir royal est absolu. Ce mot tire son origine du latin « ab-solutus », sans lien. Il faut comprendre cela comme être indépendant vis-à-vis des puissances terrestres, ce qui ne signifie pas sans entraves ni sans limite aucune. De plus, le Roi a pour lui la dimension du temps et l’expérience des siècles. Etant donné que sa place ne se joue pas à la compétition du tous contre tous, il dispose des marges de manœuvre nécessaires pour travailler, non pas à l’intérêt général, mais au bien commun. Louis XIII le Juste avait écrit : « La France a bien fait voir qu’étant unie elle est invincible, et que de son union dépend sa grandeur, comme sa ruine de sa division. » Ne l’oublions jamais, et commençons par être tous unis derrière la bannière fleurdelisée…

Franck ABED

(1) Le Nombre Jaune sur Facebook

(2) Référendum d’Initiative Citoyenne

(3) Lire « Panorama critique de la droite nationale » de l’auteur

Les échos de la Terreur par Jean-Clément Martin

Nous avons déjà chroniqué un livre de Jean-Clément Martin consacré à Maximilien Robespierre. Celui-ci avait retenu toute notre attention (1). Avec ce nouvel ouvrage intitulé Les échos de la Terreur, sous-titré « vérité d’un mensonge d’Etat 1794-2001 », il revient sur cet épisode douloureux et contrasté. Douloureux, car il s’agit d’une période de violences comme nous en offre si souvent l’histoire, dès que le pouvoir balbutie dans une phase d’instabilité politique. De fait, la Révolution n’inaugure pas un cycle violent, car nous avons connu plusieurs fois dans notre longue histoire nationale ce genre d’émotions. Contrasté, parce qu’il semble difficile pour certains de porter un regard objectif sur la Terreur, tant les a priori idéologiques semblent l’emporter sur les considérations réellement historiques.

Dès les premières lignes, l’auteur écrit à juste titre que « la terreur et le terrorisme font partie de notre horizon quotidien. Des années 1950 à aujourd’hui, nous sommes passés de la terreur devant la bombe atomique à la terreur ressentie devant les catastrophes écologiques ». Il prend le soin d’ajouter : « si les terreurs nazi et soviétique continuent de marquer profondément nos consciences, elles sont concurrencées par les terreurs subies au Cambodge, en Argentine ou au Rwanda ; quant aux terrorismes des Brigades rouges et autres armées rouges, voire de l’OAS sans parler des escadrons de la mort, chiliens ou brésiliens, ils ont été remplacés dans nos préoccupations par les terrorismes liés au radicalisme islamiste ».

Ce constat n’incline pas à l’optimisme comme il le reconnaît lui-même : « ce n’est guère réconfortant. Faut-il penser que, finalement, un terroriste chasse l’autre et qu’une terreur, toujours inattendue et toujours renouvelée, sidère nos esprits, au risque de ne pas être capable de donner une définition précise de la Terreur ? ». Devons-nous penser ou considérer qu’il existe une banalisation de la terreur et du terrorisme dans nos sociétés occidentales ? Nous sommes enclins à penser que oui. 

A toutes fins utiles, Martin rappelle que « le mot terroriste naît fin 1794, après le 9 Thermidor. Il apparaît sous la plume du député Boisset, le 23 novembre 1794, il est par exemple utilisé par Monestier, autre député à la Convention, dans une lettre envoyée à l’Assemblée le 1er décembre 1794, avant d’entrer dans le dictionnaire de l’Académie ». Certes, cette précision historique se montre importante. Cependant, un phénomène peut-il exister avant qu’une appellation lui soit attribuée et unanimement reconnue ? A titre personnel, nous pensons que oui. La logique veut que l’on constate d’abord un ensemble de faits pour ensuite lui donner un nom…

Prenons le temps de rappeler le contexte pour bien comprendre les enjeux politiques de l’époque. Le 5 septembre 1793, l’avocat Bertrand Barère, membre du Comité de Salut Public, demande à la Convention nationale de prendre toutes les mesures propres à sauver les acquis de la Révolution et repousser l’invasion étrangère. L’Assemblée met alors « la Terreur à l’ordre du jour » !  La Révolution, et nul ne peut le contester, se voit alors menacée de toutes parts : l’exécution du roi le 21 janvier de la même année, la persécution des prêtres, la violence révolutionnaire retournent contre elle l’opinion de nombreux Européens et Français plutôt favorables, dans l’ensemble, aux idées nouvelles. Le 10 mars 1793, la Convention décrète la levée en masse de 300 000 hommes pour protéger les frontières. Le soir même, à l’instigation de Danton, Lindet et Levasseur, elle institue un Tribunal criminel extraordinaire, plus tard appelé Tribunal révolutionnaire, pour juger les traîtres à la patrie et les opposants au nouveau régime républicain. Le programme paraît on ne peut plus clair. Antoine Fouquier-Tinville assume la charge d’accusateur public et connaîtra le funeste sort qu’il avait réservé à de nombreux citoyens, comme le veut le célèbre adage de l’arroseur arrosé (2)…

Précisons également que Saint-Just lance dès le 10 octobre 1793 des propos lourds de sens qui ne laissaient guère de doutes quant à ses intentions : « Il n’y a point de prospérité à espérer tant que le dernier ennemi de la liberté respirera. Vous avez à punir non seulement les traîtres, mais les indifférents mêmes : vous avez à punir quiconque est passif dans la République et ne fait rien pour elle ». Reconnaissons par-dessus tout, qu’il semble difficile de ne pas être épouvanté par ce genre de déclarations. De plus, le 17 septembre 1793, l’Assemblée avait voté la loi des suspects. Le 11 octobre 1793, la Commune de Paris décrit les caractères permettant de distinguer les suspects dont la fameuse disposition : « Ceux qui n’ayant rien fait contre la liberté, n’ont aussi rien fait pour elle ». Tout le monde ou presque pouvait être arrêté, jugé et guillotiné. Il y avait franchement de quoi être inquiet et terrorisé, non ?

Pour autant, les différents actes précédemment relevés suffisent-ils à faire de la Révolution dite française l’inspiratrice de la révolution bolchévique ? Martin dit que non et il défend son idée de cette manière : « Robespierre n’a pas précédé Lénine qui avait imposé la terreur de masse, en invoquant l’exemple français et sa régénération. Mais Lénine entendait faire participer les masses à la Terreur quand les conventionnels français voulaient précisément le contraire ». Notons, malgré tout, que les souhaits des conventionnels furent souvent dépassés par la populace. Nous pensons entre autres aux Massacres de septembre 1792, quand pendant une semaine les révolutionnaires se livrent à des exécutions sommaires à Paris mais également en province.

Il poursuit son propos : « la comparaison entre Révolution française et révolution russe a sans doute du sens en 1917 quand Lénine décide, contre les autorités bolcheviks, d’accepter les violences populaires qui se déroulent dans l’été et l’automne pour permettre l’installation du nouveau pouvoir : ceci fait penser à l’automne 1793 quand la Convention et les sans-culottes répriment les ennemis de l’intérieur. Par la suite, Lénine institutionnalise et bureaucratise la Terreur, subvertissant l’idéal révolutionnaire quand la Convention rétablit le monopole de la violence à son profit et se débarrasse des militants les plus indépendants et les plus violents ».

Pour l’auteur, la mise en place de la Terreur « désigne des hommes qui n’avaient jamais eu l’intention de terroriser le pays, mais bien de punir et d’éliminer des adversaires ». Pourtant, il nous semble que menacer des opposants politiques de la guillotine, pour être le plus précis possible disons de la décapitation, des pontons, de l’exécution, de la prison constitue en soi une forme de terreur. Martin explique que la notion de combat politique, distincte de l’idée de terroriser le pays, « était claire pour les Français de l’époque, avant que la confusion – objet de ces pages – ne s’installe ». Sur ce point précis, beaucoup ne le suivront pas. 

Aujourd’hui, lorsqu’on parle de « la Terreur » d’un point de vue historique Martin constate que « la terreur révolutionnaire est toujours évoquée, avec deux grands symboles, Robespierre et la guillotine, trop souvent sans aucune prudence ». Il ajoute : « l’écho de la Terreur résonne encore ». De fait, l’ambition de Martin avec la publication de son étude se voit clairement défini dans son texte introductif : « l’objet de ce livre, comprendre comment la Terreur devint la naissance de notre modernité, qui fut clôturée certainement entre la chute du mur de Berlin en 1989 et le 11 septembre 2001, nous faisant entrer dans une nouvelle ère du terrorisme ». 

Nous constatons que « la Terreur » s’est imposée dans l’esprit des gens à travers l’enseignement de l’histoire, la littérature, le cinéma, l’historiographie et même les sciences politiques. Toutefois, l’auteur énonce une idée qui en surprendra plus d’un : « il est quand même assez invraisemblable, par exemple, que la parole de Robespierre, qui avait rejeté expressément la terreur comme système, n’ait jamais été prise en considération par les contemporains, pas plus que par les générations successives, et que ce soit celle de Tallien, représentant en mission sans scrupule, girouette politique bien connue, qui ait été retenue comme vraie lorsqu’il baptisa du nom de Terreur les mois qui venaient de s’écouler, un mois après l’exécution de Robespierre ». En moins 390 avant Jésus-Christ, Brennos le chef gaulois qui avait vaincu Rome déclara : « Vae victis » (3). Aux yeux de l’histoire les vaincus ont toujours tord, car les vainqueurs écrivent ce qu’ils veulent. Nous pouvons le regretter mais le monde fonctionne de cette manière.

Pour Martin, la vision qui s’impose à nous de « la Terreur » procède à la fois d’une manipulation politique et d’une méconnaissance historique. Il précise son propos comme suit : « comme je l’ai établi ailleurs, l’invention de la Terreur pour qualifier une période, dénoncer une pratique de gouvernement et l’identifier à un homme, Robespierre, résulte du coup de force réalisé entre juillet et août 1794, donc dans les mois de Thermidor et Fructidor du calendrier républicain, par les vainqueurs de Robespierre et plus particulièrement par Tallien, grand inspirateur de cette légende ».

L’auteur poursuit son analyse en expliquant que « la Terreur, malgré les apparences, n’est ni une notion, ni une période, encore moins un événement, même si elle est souvent requise sous ces formes. Je l’ai décrite dans ses configurations, je l’ai insérée dans une chronologie ». Napoléon disait que « l’histoire est un mensonge sur lequel tout le monde s’accorde ». A ce sujet, Martin convoque Furet qui a écrit : « les révolutionnaires ont mythifié la réalité autour de la prise de la Bastille permettant d’y voir l’origine de la Révolution ». Difficile de nier que la Révolution, nonobstant les sérieuses recherches historiques récentes, continue d’être embellie et magnifiée par les institutions républicaines à des fins de propagande politique.

Chacun sait que la Bastille fut une vieille prison royale avec comme gouverneur des lieux le Marquis de Launay, plus hôtelier que geôlier (3). Sept prisonniers seulement croupissaient le 14 juillet 1789 dans cette forteresse située aux pieds du Faubourg Saint-Antoine : des escrocs, des débauchés et un dément qui se prenait pour César.  Cela en dit long sur la prétendue persécution étatique à l’endroit des opposants à la Couronne au XVIIIème siècle… Néanmoins et au mépris de la réalité historique, aujourd’hui elle reste toujours vue par de nombreux Français comme le symbole de l’absolutisme royal et participe pleinement au XXIème siècle à la mythologie fondatrice de la République. Pour Martin, « la Terreur » révèle d’un phénomène similaire car « Thermidor relève indiscutablement de la manipulation et de la rumeur ».

L’auteur pense qu’il convient enfin d’accorder au 28 août 1794 (11 fructidor an II) toute la place qui lui revient en la comptant parmi les journées qui firent la France. En effet, cette dernière « ne fut marquée que par un discours du député Tallien devant la convention à Paris, mais il eut comme conséquence immédiate, quoique involontaire, de faire coïncider, de façon imprécise, le mot terreur avec un épisode, une époque et un système politique ».

La force de cette déclaration, émanant de Tallien qui évoque le mot Terreur à la tribune, est « qu’elle ouvre une séquence nouvelle dans l’histoire de la Révolution puisque le mot permet d’identifier et de condamner la période qui est considérée comme achevée par la mort de Robespierre en juillet 1794 ».  Depuis cette date, Robespierre est vu comme « le principal responsable de cette tyrannie », car selon les propos de ses adversaires voire de certains historiens « il disposait d’un pouvoir absolu, sans fin, pesant sur les personnes ». Les légendes, noires ou dorées, ont encore de beaux jours devant elles…

Qui sait qu’à Paris, il y avait le Comité de Salut Public et le Comité de Sûreté Générale qui s’opposaient souvent pour ne pas dire plus ? Peu de gens. Et n’oublions pas l’Assemblée législative puis la Convention, ainsi que la Commune de Paris, qui défendaient chèrement leur point de vue. La Révolution, selon Clemenceau, doit être prise comme un bloc – ce en quoi nous lui donnons raison – mais un bloc avec des couleurs et des compartiments différents. Beaucoup malheureusement l’oublient. 

Martin analyse les choses ainsi concernant l’invention de « la Terreur »  par les ennemis de l’Incorruptible et les bénéfices qu’ils en ont tiré : « elle permet de faire oublier leurs propres responsabilités au détriment de leurs rivaux qui deviennent les seuls terroristes, elle leur ouvre la voie vers le pouvoir puisque tous les opposants sont éliminés ». Les Thermidoriens, une fois au gouvernement, en profitent pour éliminer les jacobins et tous ceux qui auraient pu défendre la mémoire de Robespierre. Cependant, leur volonté de sublimer le 9 Thermidor amène des complications historiques et intellectuelles : « la difficulté à comprendre l’oeuvre des thermidoriens vient de ces rapports compliqués à la Terreur devenue l’horizon de pensée du pays. Comme le rappelle Baczko, en mettant rétroactivement l’horreur à l’ordre du jour pour justifier leur coup d’Etat, ils en interdisent l’oubli, tout en en empêchant la compréhension ».

Nous lisons ce propos avec intérêt car nous le trouvons extrêmement pertinent : « de la prise de la Bastille à l’exécution de Louis XVI, l’instauration d’une nation s’était réalisée dans l’unité des frères tuant le père. En août 1794, c’est le substitut du père, Robespierre, accusé d’avoir voulu lui succéder sur le trône et même d’épouser sa fille, emprisonnée au Temple qui est mis à mort ». En réalité et comme le démontre Martin « avec la Terreur, les thermidoriens font mieux que tous leurs prédécesseurs en créant cette surexposition des meurtres, destinée à sidérer les esprits ».

La lucidité de l’auteur mérite une nouvelle fois d’être signalée : « le scandale de la Révolution a été de déchirer le voile qui entoure le pouvoir, mais sa faiblesse a été de dépendre des coups de force et des manoeuvres politiciennes, et sa contradiction irréparable a été de recourir à des combinaisons mensongères, déconcertant ses partisans avant de les opposer les uns aux autres ». Analyse remarquable.

Le triomphe apparent de la Révolution sur les masses ne repose pas seulement sur ses réussites politiques bien souvent téméraires et imprudentes. De même, la victoire des Thermidoriens en 1794 qui imposent leur vision de l’histoire ne dépend pas seulement de leur art oratoire et de leur génie de la propagande. Martin stipule « qu’en créant la figure monstrueuse de la Terreur les conventionnels n’ont cherché que leur maintien au pouvoir. Leur succès dans l’opinion correspond non seulement au détachement qui s’opère vis-à-vis de la politique menée par le Comité de salut public et les hommes autour de Robespierre, mais surtout à ce que cette lecture des événements rencontre une sensibilité (et même une véritable mode) critique envers la rationalité et marquée par l’occultisme, le magnétisme et l’illuminisme ainsi que par les romans noirs, ou gothiques, et le mélodrame. Ce mouvement parti d’Angleterre, ce goût pour l’irrationnel ainsi que la fascination pour l’horreur, la prééminence des sentiments sur les idées (…) ont touché les classes moyennes des villes, notamment les femmes sur le continent, en France et dans les pays allemands ».

Il ne faut guère sous-estimer l’impact de la littérature sur les consciences car « les métaphores du Mal, incarné par Robespierre et ses amis, serpents, tête de Méduse, écorcheur…, sont en effet empruntées aux romans gothiques ou romans noirs, comme au mélodrame, qui étaient appréciés par la petite bourgeoisie et qui élargissent alors leur audience en France. Car il ne faut pas inverser les chronologies : la Terreur n’a pas donné naissance à ce courant dont l’emprise s’est affirmée en même temps que la révolution politique s’opérait. Peut-être même faut-il penser que cette sensibilité a favorisé l’acceptation de la Révolution ». Il est vrai que plus de deux cents ans après les violences révolutionnaires, nous restons plus que circonspects face à cette fascination pour le sang et le morbide : parties génitales mutilées post-mortem, têtes coupées sur les piques et promenées dans les rues de la capitale, pour ne mentionner que des cas très connus, sans oublier les profanations commises à la nécropole des Rois de France en la basilique Saint-Denis (5).

Martin souligne qu’on appelait les militants révolutionnaires les sans-culottes « par dérision, parce qu’ils portaient des pantalons, et s’appropriaient l’injure qui servit dès lors à d’innombrables jeux de mots. La sauvagerie des sans-culottes et particulièrement des femmes peut-être considérée comme une des caractéristiques de la Révolution française. Pendant la guerre d’Indépendance contre l’Angleterre, les Américaines s’étaient contentées de boycotter le thé, de tisser les vêtements et d’espérer que leur maris n’oublient pas les dames pour reprendre le souhait d’Abigaïl Adam. En France, comme Michelet n’hésite pas à l’écrire : « les hommes ont pris la Bastille, et les femmes ont pris le roi ».

Nous remarquons que « la Terreur » fascine toujours car elle satisfait le goût du macabre de certains tout en suscitant l’enthousiasme des autres. Accabler un mort des pires maux ne présente aucune difficulté particulière, d’autant plus si personne ne peut défendre sa mémoire et son action. En définitive, tout mettre sur le dos de Robespierre arrangeait aussi bien les révolutionnaires qui se dédouanaient des massacres auxquels ils avaient joyeusement participé, que des contrerévolutionnaires de tout genre qui personnifiaient le mal révolutionnaire sur un homme accablé des pires défauts…

Quoiqu’il en soit, ce débat sur « la Terreur » se perpétue et ne semble pas prêt d’être clos pour au moins deux raisons. La première : les partis pris idéologiques dominent trop souvent les débats historiques en France. La seconde : il reste un énorme travail à accomplir concernant « l’écho de la Terreur » dans les pays européens fortement marqués par la Révolution (Belgique, Pays-Bas, Italie, Allemagne) selon l’avis éclairé de Martin. 

L’historien Yvan Gouesbier estime que « l’histoire, telle qu’elle se pratique aujourd’hui, est ruineuse pour les mythes ». Cette contribution historique de Martin apporte de la clarté sur un sujet où il existe beaucoup de confusions. Elle retrace l’histoire de « la Terreur » et les discussions passionnées qui se tiennent depuis deux siècles. L’exercice comprend de nombreuses difficultés mais l’auteur s’en sort à merveille. Nous apprécions la méthode d’analyse historique utilisée par Martin pour traiter le sujet, nonobstant quelques points de divergence. Nous trouvons son livre fort intéressant et utile pour sortir du mythe. Effectivement, il contribue à mieux comprendre le déroulement des événements après la mort du député d’Arras. Martin explique qu’il aura réussi son entreprise quand vous sursauterez en lisant dans un livre d’histoire « en pleine Terreur » ou « la Terreur proprement dite »…

Cependant « la Terreur » de 1793 semble bien loin et fort éloignée des différentes terreurs contemporaines que nous subissons presque quotidiennement depuis plusieurs années. Il est grand temps de nous interroger sur le rôle de la terreur ou des terreurs dans notre histoire, même si les Deux Guerres Mondiales, les Guerres Coloniales, les actes terroristes récents bouleversent nos sensibilités et surtout nos vies. Ce livre nous y aide grandement car il décortique minutieusement cette légende historique qui a bâti la conscience républicaine et l’horizon politique français…

Franck ABED

(1) Lire ma chronique littéraire Robespierre par Jean-Clément Martin, publiée en avril 2018.

(2) Avant de mourir, il écrit ses phrases alors qu’il se trouve enfermé à la Conciergerie :

« Je n’ai rien à me reprocher : je me suis toujours conformé aux lois, je n’ai jamais été la créature de Robespierre ni de Saint-Just ; au contraire, j’ai été sur le point d’être arrêté quatre fois. Je meurs pour ma patrie et sans reproche. Je suis satisfait : plus tard, on reconnaîtra mon innocence ».

(3) « Malheur aux vaincus »

(4) Lire ma chronique littéraire La Bastille par Jean-Christian Petitfils, publiée en octobre 2016

(5) Lire Sire de Jean Raspail qui décrit parfaitement cet épisode malsain…

De Paris à Alger, la République c’est la plaie

Plusieurs l’ont déjà constaté avant nous : « la République gouverne mal, mais elle se défend bien ». De Paris à Alger, les hommes changent mais les pratiques politiciennes indécentes demeurent. Que les choses soient claires : loin de moi la volonté de vouloir comparer Macron à Bouteflika dans leurs idées et parcours respectifs, mais force est de constater que pour gagner du temps et maintenir l’illusion du pouvoir, ils usent des mêmes procédés.

Le premier a lancé l’idée d’un « Grand débat » dit ou prétendu « national » auquel personne ne participe vraiment, sauf une minorité de naïfs et d’individus triés sur le volet. C’est toujours pratique de débattre avec des personnes partageant vos idées… Le mouvement des Gilets Jaunes, bien qu’incapable de modifier le rapport de force politique, s’établit tout de même comme un petit caillou dans la chaussure d’Emmanuel Macron. L’ancien Ministre de l’Economie de François Hollande a usé des ficelles habituelles pour étouffer cette colère française et remporter la partie : détournement de l’attention par l’organisation de réunions et de tables rondes, omniprésence dans les médias du Président et de ses séides : tout à la fois calmer les Gilets Jaunes et ceux que son action mécontente, jouer la montre pour favoriser le pourrissement, susciter des divisions et des rancunes à l’approche des Européennes… Mission parfaitement réussie car tout cet activisme laisse les Français dans une torpeur surprenante, à tel point que l’exécutif  a de grandes difficultés à trouver des participants pour travailler à la conclusion de cette mascarade démocratique. Pardon pour l’oxymore !

Le second dirige un régime qui se trouve en phase terminale. Nonobstant cet état de fait, Bouteflika a tenté une manœuvre désespérée pour prolonger son agonie. Voulant conquérir un cinquième mandat, il s’est heurté à la résistance du peuple algérien. Ce dernier a enfin décidé de refuser cette énième combine politicarde. Celui qui passe son temps à critiquer « le pays colonisateur », tout en venant s’y faire soigner – incohérence quand tu nous tiens -, a voulu rejouer la comédie d’un homme à la rencontre de ses concitoyens. C’était sans compter sur un vrai réveil de la rue qui n’entend plus accorder un blanc-seing à cette énième farce. Devant la contestation populaire, l’effritement de l’armée qui, contrairement à un passé récent, ne présente plus un front uni pour défendre le régime, et les débuts de fraternisation entre certaines unités de police et des manifestants, le clan Bouteflika a décidé de ne pas porter candidat leur chef de file malade, dont les apparitions médiatiques se font rarissimes. Peuple algérien ne soit pas naïf ! En réalité, cette manœuvre constitue une prolongation de son quatrième mandat. Effectivement, Bouteflika ne brigue plus la magistrature suprême, mais à ce jour il n’abandonne pas le pouvoir pour autant. Plus exactement, la coterie qui l’entoure met tout en œuvre pour protéger ses intérêts au détriment du bien commun algérien. Elle reste donc aux manettes et maître du jeu. Pour combien de temps ? Nous le saurons bien assez tôt.

Dans les prochains jours, le pouvoir en place pourrait prendre toutes les mesures possibles et imaginables pour travailler au pourrissement de la situation et détourner l’attention des Algériens en colère. Des manipulations ne sont pas à exclure, comme des agents provocateurs qui recevront la mission de décrédibiliser le mouvement et de le diviser de l’intérieur. Ces techniques sont connues, mais malheureusement, bien travaillées, elles peuvent atteindre leurs objectifs.

Cependant, le peuple Algérien en a vu d’autres, notamment au cours de la décennie de la terreur. Contrairement au récent mouvement social dans notre pays, les manifestants Algériens ne semblent plus avoir peur, car ils ont beaucoup moins à perdre que les révoltés Français. Le pouvoir pourrait toutefois être tenté de mener la politique du pire, quitte à ce que cela se termine par un bain de sang. Si le clan Bouteflika ne se décide pas à emprunter ce chemin périlleux, des militaires fidèles au régime agiront-ils en ce sens pour apparaître aux yeux de l’opinion publique et internationale comme les garants de la stabilité ? Quoiqu’il en soit, les cartes peuvent être prochainement redistribuées, tant la trinitéalgérienne – comprendre le gouvernement, l’armée, le parti (FLN) – semble divisée. Espérons que cela ne tourne pas au chaos, car nous avons vu le résultat désastreux qui a suivi la chute du régime de Kadhafi. Le régime libyen assurait un rôle de tampon avec l’Europe, et une fois détruit par une coalition illégitime, sa chute a permis l’accroissement de la déferlante migratoire à destination du vieux continent. Nul doute qu’un chaos politique en Algérie produirait les mêmes effets dévastateurs…

Il revient aux Algériens de définir le gouvernement qu’ils souhaitent. Cependant, nous ne pouvons pas nous empêcher de considérer que ce pays subit les choix désastreux de ces dirigeants. En effet, plus de 90% des exportations algériennes concernent le pétrole et le gaz. Comment un pays aussi riche, avec toute une jeunesse désireuse de se tourner vers l’avenir, peut-il se satisfaire d’importer de la semoule du Maroc, des dattes de Tunisie et même des djellabas de Chine ? Si un jour le gaz et le pétrole venaient à manquer que se passerait-il ? L’Algérie rencontrerait de grandes difficultés et nul ne doute qu’elle appellerait la France – modèle et obstacle tout à la fois détesté et admiré – à l’aide.

Il est également intéressant de noter que les Algériens vivants en France montrent bruyamment leur patriotisme à Paris et ailleurs. Par souci de cohérence et d’honnêteté intellectuelle, il serait temps que ces patriotes fiers de leur pays et de leurs racines – sentiment légitime que personne ne leur reproche – rentrent en Algérie pour participer à sa reconstruction en y apportant leurs compétences, leur savoir-faire et leur génie. L’Algérie a besoin de tous ses enfants pour renaître. Cependant les vautours rôdent déjà et s’imaginent remplacer Bouteflika lors de la prochaine élection présidentielle. Depuis l’Antiquité grecque et ses merveilleuses tragédies, nous savons que la compétition électorale pour la première place entraîne forcément démagogie, corruption, mensonge et manipulation. Les Algériens ne sont pas au bout de leurs peine. De Paris à Alger, la république, c’est vraiment la plaie…

Franck ABED

Ces 12 Papes qui ont bouleversé le monde par Christophe Dickès

Christophe Dickès, docteur en histoire, travaille depuis de nombreuses années sur l’Eglise. Avec cet ouvrage fort intéressant, il revient sur « ces 12 Papes qui ont bouleversé le monde ». Dès les premières lignes, il constate que « la papauté est aujourd’hui au centre d’un paradoxe : le monde occidental ne cesse d’évoquer le déclin de l’Eglise Catholique et de l’influence de son chef sans se rendre compte que, dans l’histoire de l’humanité, l’Eglise n’a jamais eu autant de fidèles répartis sur les cinq continents ».

A cette idée, il ajoute immédiatement : « c’est peut-être d’ailleurs une des raisons pour lesquelles, de manière générale, le christianisme est aujourd’hui la religion la plus persécutée au monde ». Nous pensons surtout que si l’Eglise subit autant d’attaques, ce n’est pas en raison du nombre de ses fidèles mais parce qu’Elle détient la vérité religieuse. Devant l’importance et l’immensité de la tâche, il convient de vraiment mesurer la charge qui pèse sur les épaules d’un homme à la tête d’une institution vieille de 2000 ans. 

Ainsi, l’auteur écrit : « au XXème siècle, à la suite de leur élection et à une seule exception près, tous les Papes ont pleuré. Cela, bien avant de rentrer dans la fameuse, Stanza delle lacrime, littéralement la pièce des larmes, une sacristie située à gauche de l’autel de la chapelle Sixtine. C’est dans cette pièce que le Pape revêt la soutane blanche, juste avant d’apparaître à la loggia de la basilique Saint-Pierre pour la bénédiction urbi et orbi, c’est-à-dire à la ville de Rome et au monde ». Il n’y a donc rien d’étonnant à lire que « dans l’histoire, nombre de cardinaux furent effrayés par la perspective de l’élection ».

Effectivement, être Pape revient à représenter Jésus-Christ sur terre et à guider la communauté humaine : « l’universalité du Saint-Siège repose en partie sur l’idée que le Pape s’adresse à chaque croyant. Il est à la fois un père – ce qui est le sens originel du mot Pape – et un berger, un pasteur ». Toutefois, Dickès rappelle une notion importante : « comme tous les pouvoirs, celui des pontifes a évolué avec les époques. Leur influence et leur capacité d’agir sur leur temps en ont d’autant plus varié ». Il convient de préciser que « surtout, le Pape est au service de l’Eglise, qui, comme toute institution ici-bas, a vécu des périodes de stagnation, de progrès, parfois de régression, souvent de renaissance. Face aux ferments de divisions, le souverain pontife offre l’unité qui est une sécurité et le secret de sa longévité à travers les siècles ».

Concernant les Papes retenus, Dickès écrit sans détour : « qu’on se le dise d’emblée, opérer un choix parmi les deux cent soixante-six Papes qui furent à la tête de l’Eglise catholique reste un exercice subjectif ». Il ajoute : « retenir une figure dans l’histoire de la papauté signifie qu’elle se distingue au moins par son caractère exceptionnel, par sa capacité à agir sur les événements de son époque ». De même, faut-il retenir des critères politiques ou spirituels ? Est-il préférable de considérer les changements intérieurs de l’Eglise ou bien sa relation au monde ? Vastes questions auxquelles chacun aura sa propre réponse. Dickès a choisi et il a regroupé les Papes par thème. Nous avons donc « les Fondateurs » avec Saint Pierre, Saint Léon le Grand, Saint Grégoire le Grand, « Les Rois » avec Grégoire VII, Innocent III, Boniface VIII, Jules II, « Les Spirituels » avec Saint Pie V et Saint Pie X, « les Universels » avec Pie XI, Jean XXIII, Jean-Paul II. Nous approuvons le choix des sept premiers Papes. En revanche pour les trois derniers, nous en aurions retenu d’autres. 

Au sujet des Papes étudiés, il est important de comprendre ce qui suit. Dickès dit : « les Papes qui ont retenu notre attention dans le présent ouvrage correspondent à une caractéristique essentielle, qui se confond avec l’histoire de l’Eglise et son rapport au monde ». Il poursuit : « ces quatre catégories peuvent apparaître subjectives et pécher par leur simplicité. Elles illustrent néanmoins des personnalités qui, à chaque époque, ont su répondre aux défis qui se présentaient à elles ». Comme l’explique très justement l’auteur « le succès et donc l’influence d’un Pape se mesure sur ce que l’historien appelle le temps long. Il ne peut se décréter de facto, à de rares exceptions ».

Dickès écrit : « nous aurions souhaité ajouter d’autres Papes à ces douze noms qui renvoient, comme un clin d’oeil, aux douze apôtres. Nous pensons notamment à Léon XIII pour sa doctrine sociale, et aussi, sujet trop peu connu, pour son implication à recouvrer une place dans le concert des nations, à l’échelle du monde (…). Beaucoup plus loin dans le temps nous aurions pu aussi retenir Gélase Ier. Ce Pape africain n’a régné que quatre ans mais a été à l’origine d’une contribution majeure sur les relations de l’Eglise et du politique, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Une distinction essentielle dans l’histoire de la pensée politique et religieuse occidentale, que l’on ne retrouve guère par exemple dans l’islam ». Nous apprécions beaucoup l’oeuvre de ce Pape d’origine berbère. En effet, ce dernier réaffirma avec vigueur la doctrine catholique de l’autonomie de la juridiction ecclésiastique vis-à-vis du pouvoir politique, affirmant la supériorité du spirituel sur le temporel.

L’auteur rappelle de manière pertinente que « dans l’histoire de l’Eglise, les Papes seront appelés les successeurs de Pierre. Il existe ainsi une filiation directe entre l’apôtre et chacun des élus, des origines à nos jours. Longtemps d’ailleurs, avant de prendre le titre de vicaire du Christ, le Pape utilisera celui de vicaire de Pierre ». Pierre est mort à Rome comme chacun sait. Ainsi, Rome occupe une place particulière dans le christianisme « qui s’est construite dans le temps, sur la nécessité de préserver l’identité chrétienne et la tradition apostolique contre les interprétations doctrinales foisonnantes ». Dickès pose le constat suivant : « ce n’est pas parce que Rome fut capitale de l’Empire qu’elle devient le centre de la catholicité, mais bien par le biais de la succession apostolique ».

Dickès présente ces 12 Papes avec clarté et pédagogie. Ces biographies permettent de (re)découvrir des souverains pontifes dont certains ont beaucoup apporté à l’Eglise et aux Hommes. Nous lisons avec intérêt le propos suivant qui explique les intentions générales de l’auteur : « ce présent livre se veut une réflexion sur le pouvoir des Papes à travers les siècles, mais aussi et surtout une approche de leur rapport au monde. Il renvoie à une question faussement simple et à laquelle nous tenterons de répondre dans la conclusion. Elle ne tient qu’en quelques mots : qu’est-ce qu’un grand Pape ? »

Malgré la qualité de cette oeuvre, certains objecteront peut-être que regrouper des courtes études consacrées à d’une dizaine de Papes dans un seul ouvrage présente l’inconvénient de vouloir en faire trop et finalement pas assez. Dickès devance cette critique dans son avant-propos : « ce travail n’est qu’une introduction à l’histoire des Papes et des moments clés de l’histoire de l’Eglise. Des sommes monumentales ont été écrites par des universitaires de renom sur plusieurs détails du présent ouvrage. Nous évoluons ici dans un champ simplifié où les omissions sont inévitables. Néanmoins, si ce livre permet à de futurs chercheurs de s’emparer d’un pontificat afin de l’étudier plus avant, il aura rempli une partie de son objectif ». 

L’essentiel est ainsi explicité : « cet ouvrage doit être considéré comme une porte d’entrée ou, mieux, un pont séparant une réalité souvent biaisée et caricaturale de l’institution et une histoire bien plus complexe et nuancée ». A l’heure où nombreuses sont les publications sensationnelles, pour ne pas dire plus, sur l’Eglise et son histoire, il est très agréable de lire une oeuvre sérieuse et documentée sur un sujet aussi passionnant que complexe. Concrètement, cette étude permet de mieux comprendre l’histoire de l’Eglise et de la Papauté, ainsi que leurs évolutions respectives. Les Papes ont traversé des crises, des mutations, des renaissances mais tous se sont battus pour l’institution et la défense de leurs prérogatives. La lecture de ce livre nous invite à comprendre la définition d’un grand Pape en nous présentant « une traversée dans cet univers fascinant qu’est le pouvoir pontifical ».

Franck ABED

A découvrir : « La face cachée du socialisme français » de Jean-Pierre Deschodt.

« La face cachée du socialisme français » de Jean-Pierre Deschodt, directeur du Département Histoire de l’ICES vient d’être publié aux Éditions du Cerf. Dans cette enquête minutieuse, il montre notamment qu’avant le triomphe majeur du collectivisme, les premiers socialistes exprimaient leur admiration pour Comte et Proudhon – mais qu’ils ignoraient complètement Marx.

L’image contient peut-être : une personne ou plus et texte