Ces chrétiens qui ont résisté à Hitler par Dominique Lormier

Historien et écrivain, Dominique Lormier est l’auteur d’une centaine de livres (documents historiques, biographies, littérature). Chevalier de la Légion d’Honneur et membre de l’Institut Jean Moulin, il retrace à travers vingt-sept portraits choisis, d’hommes et de femmes catholiques, protestants et orthodoxes, une histoire de la résistance chrétienne face à Hitler.

Trop souvent, certains stigmatisent l’attitude des chrétiens en général, et de l’Eglise Catholique en particulier pour leur passivité ou complaisance supposées à l’égard du régime hitlérien. Lormier tord le coup à ces légendes noires en étant factuel et sans jamais tomber dans le parti pris idéologique. Il est important de ne jamais céder à l’anachronisme quand nous souhaitons comprendre le passé.

D’emblée, précisons que « lors de l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en janvier 1933, l’Allemagne compte 40 millions de protestants et 20 millions de catholiques ». Le nouveau chef d’Etat du Reich perçoit très vite l’importance de se concilier les chrétiens pour atteindre ses objectifs politiques : « en mettant en avant sa lutte contre le communisme, Hitler tente de séduire de nombreux chrétiens, afin de faire oublier que le nazisme est composé, en grande partie, d’athées convaincus et de néo-païens ouvertement racistes, antisémites et antichrétiens, comme Martin Bormann, Reinhard Heydrich, Alfred Rosenberg et Heinrich Himmler ».

Comme chacun sait, l’Eglise Catholique romaine avec Mit brennender Sorge rédigée pour le Pape Pie XI en 1937 par Eugenio Pacelli, futur Pie XII,  dénonce le non-respect du concordat du 20 juillet 1933, critique l’idéologie nationale-socialiste, condamne le racisme, le culte de l’Etat, du chef et le paganisme. Lormier écrit que « l’incompatibilité du nazisme avec le catholicisme est au coeur de cette encyclique ».

Le Programme en 25 pointsdu Parti ouvrier allemand national-socialiste, adopté officiellement dès l’année 1920, présente et résume leurs principales revendications. Cependant comme l’écrit Lormier, « malgré l’antisémitisme et le nationalisme de cette déclaration (1), de nombreux chrétiens allemands voient dans le nazisme le meilleur rempart contre le communisme athée, coupable en Russie soviétique d’importants massacres contre les croyants ». A ce jour, nous devons quand même rappeler que le communisme reste l’idéologie responsable du plus grand crime contre l’humanité (2).

Au cours de son texte introductif, Lormier rappelle une vérité occultée ou méconnue : « le régime hitlérien entend ménager l’élite protestante prussienne, qui compte de nombreux officiers conservateurs, anticommunistes, occupant des postes importants dans la Wehrmatch ». Très vite, les catholiques allemands tentent de résister aux nationaux socialistes, raison pour laquelle « le nazisme s’en prend surtout à l’Eglise catholique à cause de son caractère universel et de sa forte indépendance institutionnelle ».

Par ailleurs, les archives américaines de l’Holocauste Mémorial Musuem – citées par l’auteur dans son ouvrage – soulignent que « l’Eglise catholique ne fut pas aussi fortement divisée idéologiquement que l’Eglise protestante. Les dirigeants catholiques furent initialement plus méfiants du national-socialisme que leurs homologues protestants ». Il est intéressant de se souvenir que « la majorité des Eglises luthériennes allemandes restent fidèles, en apparence, aux dirigeants du IIIè Reich, au nom de l’anticommunisme et du patriotisme ».

C’est un chiffre trop peu cité mais « on dénombre trois à quatre fois plus de prêtres catholiques allemands envoyés dans les camps de concentration que de pasteurs protestants de la même nationalité, alors que ces derniers sont trois plus nombreux que les prêtres durant la période du nazisme ». Citons d’illustre mémoire,  le frère franciscain Maximilien Kolbe, détenu dans le camp de concentration d’Auschwitz, qui se porte volontaire pour remplacer un père de famille, Franciszek Gajowniczek. Ce dernier avait été désigné pour mourir. Après deux semaines sans nourriture et sans eau, les gardiens le font exécuter au moyen d’une injection de phénol. Il a été canonisé en 1982 par Jean-Paul II.

Depuis des années, certains racontent que la France et le peuple français se sont montrés conciliants voire plus avec le troisième Reich. Lormier revient sur ces mensonges en étant très pragmatique, c’est-à-dire en puisant dans les sources. A ce sujet, il cite Simone Weil : « j’avais suffisamment travaillé sur la Shoah pour savoir que la France avait été de loin le pays où le pourcentage de juifs déportés s’était révélé le plus faible, un quart de la communauté et, toujours en proportion, très peu d’enfants. Ce phénomène ne trouvait son explication que dans une réalité indéniable : nombreux étaient les Français qui avaient caché des juifs, ou n’avaient rien dit lorsqu’ils savaient qui en protégeait ».

Cette philosophe juive convertie au christianisme ajoute : « Les Français ont agi avec un courage digne de respect, pour en tirer aucun profit. Beaucoup durent même se priver pour nourrir des bouches supplémentaires. La plupart d’entre eux ne se sont jamais fait connaître, n’ont pas reçu d’honneurs, de pensions, de médailles ». Ces rappels salutaires sont nécessaires dans une époque où nombreuses sont les officines qui tirent à boulets rouges sur notre passé en recourant aux mensonges.

Chaque chapitre est consacré à l’une des 27 figures retenues par l’auteur. L’ambiance de l’époque est parfaitement retranscrite : filatures dans le métro parisien, diffusion de journaux clandestins, minages de voies ferrées, dissimulation de preuves, arrestations, combats, messages cryptés etc. Nous arrivons, grâce au talent d’écriture de l’auteur, à percevoir ce qu’ils ont réellement vécu. Aujourd’hui nous en sommes loin.

Nous découvrons des gens de l’ombre, qui ne demandaient rien à personne, agir comme de vrais héros pour combattre l’envahisseur germanique et libérer leur pays. Ainsi, le père Bockel participe à des sabotages ferroviaires et à des embuscades contre les convois allemands. Le père Corentin se spécialise dans les filières d’évasion d’aviateurs et de résistants. Soupçonné par la Gestapo, des agents viennent l’arrêter au couvent Saint François. Ils ouvrent le feu. Blessé, il est transporté dans une clinique où avant de mourir « il pardonne à ses bourreaux ». Il meurt des suites de ses blessures. Ses derniers mots sont : « j’offre ma vie pour mes frères et mon pays ».

Un autre exemple, parmi d’autres que nous avons retenu, est celui du colonel Rémy, animateur du réseau la Confrérie Notre-Dame. Ce dernier a vécu « sous une tension croissante, pesante et oppressante, risquant à chaque instant d’être arrêté. Il affronte cette situation grâce à une force intérieure considérable et une foi religieuse mystique. Chaque fois qu’il est en danger, il implore la Vierge Marie. Il trouve dans la prière une force et un réconfort nouveaux ».

En refermant le livre, nous nous sommes immédiatement posés trois questions : est-ce que nous aurions résisté ? En des circonstances similaires, serions-nous capables de mourir en chrétien après avoir subi la torture et l’emprisonnement ? Ces héros, nos héros, sont-ils morts pour que plus de 70 ans après le pays soit ouvert aux quatre vents et livré aux contempteurs de la souveraineté française ? Chacun sera libre de répondre ou non à ces questions et de tirer sa propre conclusion.

Les personnalités mises en avant par Lormier sont inconnues pour la plupart ou méconnues même quand il s’agit des quatre maréchaux de la victoire, Philippe Leclerc de Hautecloque, Pierre Koenig, Jean de Lattre de Tassigny, Alphonse Juin. Leur héroïsme nous touche. Leur sens du sacrifice et du devoir en surprendra plus d’un. Difficile de tous les citer, mais les civils et les clercs résistants représentent les humbles, les modestes, les sans grades dont les livres d’histoire parlent trop peu. Ce livre rétablit des vérités historiques et rend hommage aux anonymes avec justesse. Napoléon avait dit : « impossible n’est pas Français ! » Ces portraits nous montrent qu’avec l’aide de Dieu, tout est possible…

Franck ABED

(1) Programmeen 25 points du NSDAP, notamment le point 24 :

« Nous exigeons la liberté au sein de l’État de toutes les confessions religieuses, dans la mesure où elles ne mettent pas en danger son existence ou n’offensent pas le sentiment moral de la race germanique. Le Parti en tant que tel défend le point de vue d’un christianisme positif, sans toutefois se lier à une confession précise. Il combat l’esprit judéo-matérialiste à l’intérieur et à l’extérieur, et est convaincu qu’un rétablissement durable de notre peuple ne peut réussir que de l’intérieur, sur la base du principe : l’intérêt général passe avant l’intérêt particulier »

(2) Le Livre noir du communisme. Crimes, terreur, répressionest un ouvrage rédigé par un collectif d’universitaires, publié en 1997 par les Éditions Robert Laffont. Rédigé pour marquer le quatre-vingtième anniversaire de la Révolution russe de 1917, il dresse un bilan des victimes des régimes communistes.

La royauté et le sacré par Christophe Levalois

Christophe Levalois est enseignant en histoire et rédacteur en chef du site d’information Orthodoxie.com. Avec cet ouvrage intitulé La royauté et le sacré, il répond à des questions simples mais fondamentales : qu’est-ce qu’un roi ? Au nom de quoi règne-t-il ? Quelles relations entretient-il avec les autres pouvoirs que sont le clergé, l’armée, le peuple ? Et surtout, peut-on édifier une théorie de la royauté par-delà la diversité des temps et des lieux ?

Concernant la dernière interrogation, il stipule dès les premières pages que « les exemples pris proviennent des traditions d’Europe et d’Asie, même si l’Afrique et le continent américain ne sont pas absents. Ils montrent une cohérence et une universalité dans les grands principes, pour ce qui concerne la royauté, malgré l’éloignement dans le temps et la distance géographique ». Il ajoute : « ils témoignent d’une indéniable permanence ».

L’auteur entreprend un travail intéressant sur l’origine de la royauté et sa légitimité. Le lien entre le sacré et la royauté se veut à la fois réel et immémorial. Levalois écrit : « l’ouvrage explore la relation étroite de la royauté et du sacré, plus précisément il expose comment le sacré, par sa présence et sa manifestation, constitue et anime la royauté ». Ce n’est pas un hasard si en France, les théoriciens politiques parlent de l’alliance du trône et de l’autel.

Néanmoins, il demeure indispensable de définir ce que revêt le sens profond des termes royauté et sacré. Il explique que « pour le premier, le lecteur comprendra très vite qu’il ne s’agit pas tant d’un système ou d’une organisation politique que de la concrétisation d’une vision de la société vue comme un organisme en correspondance avec la Création visible et invisible, matérielle et spirituelle, et tâchant d’être à l’image de celle-ci ».

Pour le mot sacré, il énonce que celui-ci est « pour lui ambivalent et problématique. Il présente l’avantage d’être vite compris, d’où son utilisation ici. Il évoque la manifestation de la transcendance dans l’ici-bas, d’une verticalité dans notre horizontalité. Mais il a l’inconvénient d’amener à un dualisme, à savoir que l’on ne conçoit pas le sacré sans le profane. Il existe là une opposition, qui est souvent systématisée, à laquelle il me semble dangereux de réduire le cheminement spirituel et la vie tout court ».

Toutefois, la modernité et la révolution sont passées par là. Elles imprègnent notre époque et par conséquent régissent la vie de beaucoup d’individus. Levalois constate que « l’association intime de la royauté et du sacré apparaît comme dépassée depuis longtemps ». Nous le regrettons mais nul ne contestera que « les diverses couronnes encore existantes ne sont plus, de fait, que de loins reflets des royautés d’antan par-delà les apparences. Elles ont suivi l’évolution des sociétés ». Les monarchies européennes, dans une très large mesure, sont devenues des monarchies d’opérettes parce qu’elles piétinent leurs fondements philosophiques, historiques et politiques.

Par ailleurs, il développe une idée à laquelle nous souscrivons sans retenue : « pour moi, un trône n’a plus de sens à la tête d’un pays actuellement car les sociétés contemporaines, notamment occidentales, au moins institutionnellement et dans leur grande majorité, rejettent la transcendance ou l’ignorent, ne s’en rappelant, parfois, que lors de grandes catastrophes ».

Levalois précise à juste titre : « le fondement, la légitimité, la vertu et le sens authentique de la royauté proviennent de cette vision du monde qui intègre pleinement la transcendance et dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle est largement étrangère actuellement aux corps étatiques, tout comme à la grande majorité des représentations de la société par elle-même, nonobstant quelques reliquats collectifs souvent contestés ». Les nombreuses polémiques liées à l’installation des crèches dans l’espace public confirment cet état d’esprit que nous refusons.

L’auteur rappelle la mission cruciale du roi dans la gestion des affaires du pays et les immenses charges pesant sur lui : « les fautes commises par un souverain sont funestes et lourdes de conséquences pour l’ensemble de la communauté. Car si celui qui sert de guide et de modèle dévie, alors l’ensemble de la communauté se fourvoie et se perd, à terme disparaît. On conçoit dès lors l’énorme responsabilité du roi et de l’intérêt pour les ennemis d’un royaume de frapper la tête d’une manière ou d’une autre ». Raison pour laquelle les révolutionnaires ont envoyé le roi Louis XVI dans les bras de la grande faucheuse.

Nous lisons que « les textes traditionnels mettent souvent en garde les souverains contre les égarements dus notamment à l’orgueil, puis au mensonge. Que le roi se détourne du Ciel et il sombre, lui et son peuple, dans les plus noirs tourments ». L’hiver vient… Cependant, le roi doit également être entouré par de sages conseillers qui évoqueront, si nécessaire, les lois ancestrales du pays sur lequel il gouverne.

Quand on parle de royauté, il faut comprendre que le roi « a un rôle d’intermédiaire entre notre monde et le monde céleste. C’est ce que souligne le terme romain pontifex, faiseur de pont, création du roi légendaire Numa Pompilius, repris bien après par l’empereur, qualifié de pontifex Maximus, c’est-à-dire pontife suprême. Cette désignation fut, à partir du VIIème siècle, relevée par la papauté ». Ne soyons donc pas surpris de lire que le jurisconsulte Pierre Pithou (1539-1589) expliquait en son temps que « le roi est une personne sacrée, ointe et chérie de Dieu, comme mitoyenne entre les anges et les hommes ».

De longue date, les adversaires de la royauté dupent leur monde en expliquant que le roi était l’ennemi des sujets les plus faibles et l’allié des puissants. Selon eux, il régnait avec l’aide d’une caste sacerdotale et guerrière. A les entendre, la noblesse et le clergé avec l’accord du monarque n’hésitaient pas à écraser le peuple de taxes et d’impôts tout en le livrant constamment à l’injustice. Pourtant, Levalois mentionne le propos suivant : « dans la philosophie européenne, à partir de la Grèce antique et notamment d’Aristote, l’un des aspects majeurs de la royauté, de la monarchie plus précisément, mis en avant est qu’elle manifeste l’unité d’un peuple et du gouvernement ». Il ajoute une pensée incontournable : « c’est pourquoi, dans les sociétés traditionnelles, le roi, considéré comme étant le père du peuple, incarne l’unité de la société, mais aussi inaugure et impulse tout nouveau cycle ».

Tout est intimement lié et parfaitement logique. Pour les philosophes de la royauté, dont nous sommes, « le souverain est à la fois l’origine, le régulateur et le rénovateur de la société, ces trois fonctions étant étroitement liées ». Certains disent que le roi agit comme un niveleur des tensions sociales.

Dans le même ordre d’idée, l’auteur spécifie que « sans roi, le monde n’a plus de centre et plus de rempart contre les puissances infernales. En effet, sans tête, et sans les relations avec le monde céleste que la tête permet, les hommes ne voient plus, n’entendent plus, n’agissent plus et s’égarent, ils deviennent alors en somme des aveugles qui guident des aveugles comme l’écrit l’évangéliste Matthieu ». Malheureusement, nous le vivons tous les jours.

Contrairement à ce que déclare une certaine propagande du XVIIIème siècle « le véritable souverain n’est pas un autocrate omnipotent ». Il ne faut surtout pas le voir comme un homme au pouvoir illimité : « le roi ne s’occupe pas de régler les affaires quotidiennes, même s’il peut, à l’occasion, intervenir dans celles-ci, mais définit les grands axes de la politique et s’attache aux sujets importants qui touchent l’ensemble de la communauté. Pour les autres questions, il nomme des responsables, investis de sa confiance, qui s’en chargent. Le rôle du roi consiste à représenter, à être. Là est l’essentiel de son action. Ainsi, il rayonne, influence et dirige subtilement la société tout entière ».

Peuple et roi, en réalité, ne font qu’un : « reporté au corps, selon une vision organique du peuple, le roi correspond à la tête. L’Epître aux Colossiens évoquant la tête du corps, relatif au Christ et à l’Eglise, en constitue le fondement spirituel logique pour celui qui est perçu au Moyen Age comme le lieutenant du Christ ». Louis XIV dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphinécrivait déjà : « nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le nôtre propre ». La tête n’a donc aucun intérêt à maltraiter le corps…

L’auteur nous invite « plus qu’à la présence fondatrice et structurante du sacré dansla royauté, à la découverte d’un monde différent du nôtre, en espérant apporter au regard du lecteur et à son être de nouvelles perspectives. Vivifiantes ». Nous les avons réellement appréciées. Ce livre court mais puissant démontre que les questions de la légitimité, de l’autorité et de la tradition sont plus que jamais d’actualité dans notre monde fou car en manque de (re)pères.

Franck ABED

Pèlerin à Tibhirine par Michael Lonsdale

Tout le monde ou presque connaît Michael Lonsdale, ce comédien de théâtre et de cinéma à la carrière remarquable. L’homme est également l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont beaucoup traitent de la religion catholique : L’amour sauvera le monde,Jésus lumière de vie : Mon évangile des peintres, Oraisons, Belle et douce Marie.

Pèlerin à Tibhirineest né de l’initiative conjointe prise par l’ambassade de France à Alger et les Editions Salvator d’inviter Lonsdale sur les lieux du drame. En 2010, il avait reçu le César du meilleur second rôle pour son interprétation du Frère Luc dans le film Des hommes et des dieux(1).

Dès les premières lignes le ton se veut clair et solennel : « j’ai eu la grâce de me rendre en Algérie en avril 2018. J’ai pu visiter le monastère de Tibhirine et me recueillir sur les tombes des sept frères tombés au champ d’amour en 1996. J’ai pu fleurir la sépulture de Frère Luc, le moine-médecin que j’ai eu l’autre grâce d’interpréter au cinéma ». Plusieurs fois au cours de son émouvant témoignage, l’auteur revient sur cette interprétation qui semble l’avoir marqué jusqu’à la moelle : « je crois avoir dit que ce film avait été une grâce dans ma vie et que Frère Luc avait été un des plus beaux rôles qu’on m’ait confié au cinéma ». Le terme grâce revient souvent sous la plume de Lonsdale, lui qui semble vivre une foi sincère et profonde.

Il énonce également le contexte de sa venue : « avec le pianiste Patrick Scheyder, j’avais été invité par l’Institut français d’Algérie à donner une série de concerts-lectures dans plusieurs villes algériennes sur le thème : célébration de la nature et de la beauté des jardins. C’est dans ces circonstances que j’ai accompli ce pèlerinage inespéré dans la lumineuse ambiance de la fête de Pâques ». Rappelons brièvement que Pâques est la fête la plus importante du christianisme. Elle commémore la résurrection de Jésus, que le Nouveau Testament situe le surlendemain de la Passion, c’est-à-dire « le troisième jour ».

Lonsdale a réalisé ce périple en tant que pèlerin. Il nous en donne sa définition :  « un pèlerin, c’est quelqu’un qui marche, se souvient et rend grâce. Pèlerin à Tibhirine, j’ai marché sur les pas des moines, je me suis souvenu de leur témoignage et j’ai remercié Dieu pour la lumière que ces martyrs diffusent sur nous désormais. Car je crois qu’elle éclaire chacune de nos routes dans le clair-obscur où s’avance notre pèlerinage terrestre ». Un martyr, du grec ancien témoin, est une personne qui se laisse tuer en témoignage de sa foi, plutôt que d’abjurer. Dans le catholicisme, le croyant ne doit pas chercher à être martyr. Il ne le devient pas plus en retirant la vie d’autrui…

Prenons le temps d’indiquer des précisons historiques et géographiques qui s’avèrent utiles pour bien comprendre le contexte. Il faut savoir que leur monastère fut fondé en 1938, près de Médéa, à 90 km au sud d’Alger, dans une zone montagneuse. L’abbaye Notre-Dame de l’Atlas est située dans un domaine agricole. Les moines se livraient à la prière plusieurs fois par jour et vivaient du travail de la terre, selon la doctrine trappiste (2). Vivant au milieu de la population locale, ils ont apporté à cette dernière soutien, réconfort et joie de vivre. De plus, dans leur dispensaire tenu par le Frère Luc, les moines ont soigné la population gratuitement durant plusieurs décennies, sans distinction de nationalité ou de religion, ce qui démontre une authentique charité.

Au cours de son pèlerinage, Lonsdale visite des lieux hautement symboliques : « j’entrai pour la première fois de ma vie dans la basilique Notre-Dame d’Afrique. Elle se dresse sur un promontoire à cent vingt-quatre mètres au-dessus de la mer Méditerranée » (3). C’est ici « que la messe de funérailles des moines de Tibhirine et du cardinal Daval a été dite le 2 juin 1996 ». Pour la petite histoire, l’auteur nous apprend « que les musulmans l’appellent couramment Madame l’Afrique ».

Il poursuit son récit : « le jour J, le jour tant attendu, le jour béni où je devins vraiment Pèlerin à Tibhirine. J’ai pu alors marcher sur les pas de Frère Luc. Je me suis longuement recueilli devant sa tombe. J’ai prié comme on converse avec un ami et j’ai remercié le Seigneur de m’avoir accordé cette grâce de l’avoir rencontré dans ma vie d’homme et de mon métier d’artiste ». Au fil des pages, nous ressentons la délicate tendresse éprouvée par Lonsdale pour ces religieux enlevés et assassinés par des fanatiques.

Nous lisons que les corps des moines reposent « dans le jardin, à même la terre, selon la tradition cistercienne. Sept mottes de terre argileuse recouvrent leurs pauvres restes humains tels des linceuls de couleur terre de Sienne ». Pour Lonsdale, aller à leur rencontre revenait en définitive à poursuivre ce dialogue entamé quelques années plus tôt. A le lire, nous comprenons que l’auteur mène une quête intérieure qui se révèle intense. Il dit de façon touchante : « je suis venu leur rendre visite pour leur dire simplement merci. Car nul autre mot, en tout cas sortant de ma bouche, ne peut exprimer ce qu’un coeur plein de reconnaissance comme le mien peut dire en ces instants précis ».

Il reconnaît aisément qu’il ne connaissait pas les moines de Tibhirine avant la tragédie, mais comme le tout le monde « il avait appris leur destinée tragique dans les journaux ». Il déclare « quils sont entrés dans ma vie lors d’une soirée en leur hommage, à l’église Saint-Sulpice à Paris où je lus des textes de Christian de Chergé, en présence de sa mère ». Pour Lonsdale « les moines se distinguent par leur vocation extraordinaire, les moines sont des personnes ordinaires ». Il résume ainsi sa pensée : « ils sont pétris de la même humanité que la nôtre. Ils ont seulement répondu oui à un amour exclusif : celui de Dieu ». Consacrer sa vie au Seigneur représente pour nous une vie héroïque, encore plus dans notre monde détourné de Son Créateur.

A travers son carnet de voyage, il se confie intimement sur sa vie : « mon père d’origine britannique était protestant non pratiquant et ne parlait jamais de religion. Ma mère était catholique mais avait pris ses distances avec son éducation religieuse. Il faut dire que les soeurs chez qui elle avait été en pension l’avaient grondée un jour en lui lançant : tu finiras en enfer ! Mais elle n’était jamais contre le Christ ». Heureusement !

Il avoue sans détour que « la première personne à lui avoir parlé de Dieu s’appelait Gasbi. Il était antiquaire à Fez et de religion musulmane. Il parlait de Dieu, de la grandeur de Dieu. Je me souviens encore du timbre, du grain de sa voix. La voix est pour moi le témoignage de ce qui se passe réellement en nous. On peut maquiller ses yeux pour cacher ses cernes ou son visage pour masquer ses rides. Mais on ne peut pas maquiller sa voix ». Les chemins qui mènent à Dieu peuvent être parfois très surprenants, mais le plus important reste de Le trouver.

Il confesse que ces passionnantes discussions avec ce « musulman mystique qui fut le premier à lui faire prendre conscience du divin » l’ont amené à se poser la question « de la conversion à l’islam ». Néanmoins, il ne franchit pas le Rubicon car il a « demandé le baptême à 22 ans après avoir fait deux rencontres qui lui ont ouvert les yeux sur la lumière incomparable du Christ : celle du père dominicain Régamey et celle de Denise (future marraine). Cette aveugle m’apprit à regarder les êtres et les choses autrement qu’avec mes yeux ». Effectivement, les choses les plus importantes de la vie ne se voient pas, aussi paradoxal que cela puisse paraître, avec les yeux mais avec le coeur.

Suite à sa conversion, nous apprenons qu’il a eu « le bonheur, la grâce, de faire plusieurs retraites silencieuses dans des monastères à Laval, à Port-Salut, à Solesmes où l’on chante magnifiquement le grégorien, ou à l’abbaye de Lérins, sur l’île Saint-Honorat. Ce sont des havres de repos, de méditation, de beauté ». Dans notre époque où le bruit est partout, la frénésie présente à chaque instant, Lonsdale note que « le silence est d’or dans ce monde moderne bruyant où l’on arrête pas de gesticuler, de parler, de courir, mais après quoi au fond ? J’ai besoin de silence ». Il ajoute : « je connais bien la Règle de saint Benoît que je lis toujours avec joie ». Ce dernier, qui vécut au VIème siècle, est le fondateur de l’ordre des Bénédictins qui a très fortement inspiré le monachisme occidental.

En rentrant chez lui, suite à son voyage en Afrique du Nord, Lonsdale estime que « c’est beau qu’un film de cinéma ait pu montrer des croyants capables de répondre au commandement d’amour du Christ. Les moines de Tibhirine ont été les témoins de sa présence dans un milieu qui ne croyait pas en Lui ». Malheureusement encore aujourd’hui, nombreuses sont les zones géographiques où Jésus est royalement ignoré.

Cette profession de foi écrite par Lonsdale nous remet en mémoire une vérité essentielle : le pardon constitue un des éléments originels de la doctrine catholique. Il écrit une pensée pertinente à laquelle nous adhérons totalement : « je crois que ce que le Seigneur nous demande, c’est de pardonner. C’est un point important de la foi chrétienne. Il y a tellement de gens qui n’aiment pas demander pardon pour leurs erreurs ou pardonner à quelqu’un qui leur a fait du mal… Ce refus de tout pardon entraîne un cancer de l’âme. Le pardon est pourtant une source de guérison intérieure ». Contrairement à ce que beaucoup estiment, le pardon authentique ne signifie pas faiblesse ou niaiserie, mais au contraire il témoigne de la grandeur d’âme de celui qui le pratique.

De fait, le pardon remonte au Christ Lui-même lorsqu’Il enseigne aux Apôtres le Notre Père. Lonsdale développe son propos de fort belle manière : « dans cette prière, il y a un verset qu’on ne peut pas enjamber. Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Trop souvent, hélas, les catholiques ont tendance à l’oublier. Cette évocation salutaire nous met du baume au coeur.

Michael Lonsdale nous livre avec douceur et une très grande simplicité les différentes émotions qui l’ont accompagné tout au long de son pèlerinage. Des belles photos rendent compte des temps forts qu’il a vécus. Elles nous permettent de mieux visualiser les lieux où l’auteur chemina.

Il conclut : « j’ai désiré partager des éclats de mon pèlerinage sous forme de bloc-notes. Avec l’idée que mes lecteurs puissent eux aussi rendre visite aux moines. Par le pouvoir merveilleux des mots et des images. Et bien sûr, par le puissant relais de la prière ». L’évangéliste Matthieu écrit : « Tout ce que vous demanderez avec foi par la prière, vous le recevrez». Qu’il en soit ainsi…

Franck ABED

(1) Des hommes et des dieuxest un film dramatique français de Xavier Beauvois, inspiré librement de l’assassinat des moines de Tibhirine en Algérie en 1996. Il retrace la vie quotidienne des moines et leurs interrogations face à la montée de la violence durant les mois précédant leur enlèvement lors de la guerre civile algérienne.

(2) L’ordre cistercien de la Stricte Observance, dont les membres sont familièrement appelés trappistes, est un ordre monastique catholique contemplatif qui forme avec l’ordre cistercien et les moniales bernardines, la Famille cistercienne ou Familia Cisterciensis, vivant selon la règle de saint Benoît.

(3) Notre-Dame d’Afrique est une basilique catholique située à Bologhine, quartier/commune d’Alger, en Algérie.

FRANCK ABED BIENNALE BLANCHE.jpg

8 février prochain à 20h : cercle sur Saint Louis.

Depuis 2016, la chaîne Youtube Gallia – notre histoire de France s’évertue, aux travers de chroniques historiques, à redorer le blason de la maison France. Depuis le coup d’Etat républicain, les historiens de ladite République ont colporté, relayé par l’Education Nationale, une image déformée, allant parfois jusqu’au mensonge, de notre histoire monarchique. Tantôt obscurantiste, tantôt réactionnaire, cette longue période croule sous lesqualificatifs péjoratifs.
L’Action Française Nantes  aural’honneur de recevoir l’un des principaux collaborateur qui nous entretiendra de la vie de Saint Louis.

LA GRANDE GUERRE DES HOMMES DE DIEU – EXPOSITION & CONFÉRENCE À NANTES

Dimanche 13 janvier, à la salle Saint-Pasquier (4 rue Alphonse Daudet à Nantes), se tient une exposition :

LA GRANDE GUERRE DES HOMMES DE DIEU (autrement dit le sort des 40 000 prêtres et religieux avant, pendant et après la guerre de 14-18)

Alain TOULZA a rédigé un livre sur ce sujet et en a monté cette expo itinérante.

Le sujet est vraiment historique avec les reniements et les mensonges de la République qui avait expulsé toutes les congrégations religieuses en 1905 et qui, en 1914, leur demande de venir se battre pour, à nouveau, tenter de les expulser vers 1922. Cette réexpulsion a échoué grâce à un gigantesque mouvement d’opinion, le DRAC, mené pendant 15 années notamment par le père Doncoeur, qui créa une structure de défense: le DRAC.

Alain Toulza fera une conférence sur ce sujet à la salle Saint-Pasquier (4 rue Alphonse Daudet à Nantes) le jeudi 17 janvier à 20 h (entrée libre).
http://drac-ligue.org/

Meilleurs voeux

Toute l’équipe de Prospectives royalistes de l’Ouest vous souhaite une très bonne année, puisse cette année voire notre France se redresser et l’idée capétienne refleurir de nouveau afin de parachever se redressement !

Les Gilets Jaunes et l’incohérence démocratique

Je ne suis pas un gilet jaune. Pourtant, je ne peux être considéré comme une personne privilégiée. Je ne me reconnais pas, tout simplement, dans ce mouvement, ni par la forme de ses émotions soudaines, qu’elles soient pacifiques ou violentes, ni dans le fond, à travers ses réclamations à la fois contradictoires et fondamentalement incomplètes, même si certaines s’avèrent naturellement légitimes…

Que penser de la couleur jaune ?

En Chine, seul l’Empereur pouvait porter du jaune. En France, cette couleur souffre d’un certain manque d’estime, en dépit du maillot jauneque porte le vainqueur du Tour de France. Le jaune, notamment au théâtre, représente les maris cocus. Dans le monde syndical, les Jaunes sont les briseurs de grève alliés du gouvernement et du patronat. Encore aujourd’hui, les syndicalistes appellent jaunes les syndicats traîtres à leurs yeux. Rappelons que le 1er avril 1902, ce n’est pas un poisson, fut créée une Fédération des Jaunes de France. Elle entendait s’opposer aux syndicats rouges répondant aux ordres de l’étranger. D’un point de vue religieux ou même culturel, le jaune est une couleur méprisable, car il symbolise les pièces que Judas a acceptées après avoir trahi Jésus. Le jaune renvoie également aux flammes de l’enfer éternel ou à la couleur des pommes du jardin des Hespérides qui sont au commencement de la guerre de Troie…

Ces précisions rappelées, j’écris sans détour que je saisis parfaitement la détresse humaine exprimée par ces Français de la France d’en bas ou de cette France périphérique (1), dont les médias et les politiques parlent si peu. Effectivement, quand les premiers les évoquent, dans une large mesure, il ne s’agit pas de proposer des analyses pertinentes mais plutôt de vendre du papier et des espaces publicitaires télévisés pour promouvoir du Coca-Cola (2). Quand les seconds les mentionnent, inutile de se poser des questions : des élections se dressent à l’horizon. Et là, nous les voyons au marché, sourire aux lèvres, clins d’œil malicieux, le tout en serrant les mains de ceux qu’ils méprisent le reste du temps.

Je suis du peuple et je n’ai jamais prétendu le contraire. Je ne veux ni ne désire aucun titre de noblesse. Je ne ressens pas l’envie de revendiquer une épithète que je ne mérite guère. Jamais, je ne quémanderai mon rattachement au peuple car j’en suis. Je comprends parfaitement le dessein des bonimenteurs désirant ardemment se couvrir du titre respecté de défenseur du peuple. Toutefois, j’ai toujours trouvé ridicule que certaines personnes non issues de nos rangs aspirent à parler en notre nom. C’est ainsi depuis bien trop longtemps. Cela doit cesser ! Mon père était un ouvrier, ma mère femme au foyer. Elle préférait m’élever que d’occuper un emploi aliénant. Ceux qui me connaissent et suivent mes travaux savent pertinemment que je défends la France et ses intérêts vitaux.

Fiscalité et politique

Il convient donc de protéger tous les Français. Certains de nos compatriotes, les plus faibles, ont rappelé aux dominants – la classe médiatico-politique – que la démocratie en France naquît de cette volonté de contrôler le prélèvement et l’usage des impôts par l’Etat royal, tout en marquant une volonté farouche de refuser les taxations jugées arbitraires. Cela renvoie à l’exemple récent des Bonnets Rouges (3), dont je reparlerai. Les Gilets Jaunes soulèvent, entre autres, la question du consentement structurel ou conjoncturel des électeurs à l’endroit des élus. L’économie politique nous apprend que l’origine de la chute de la royauté en France relève d’un sujet fiscal et non d’un problème politique. Permettez-moi une incise, Al Capone, personnage emblématique du crime organisé dans les Etats-Unis de la Prohibition, n’est pas tombé pour meurtres ou pour coups et blessures. Il fut inculpé pour fraude fiscale à dix-sept années de prison dont onze ans ferme.

Je n’entrerai pas dans des considérations économiques poussées. Cette taxe sur le diesel est profondément injuste et inefficace, à la fois sur le plan écologique mais également au niveau comptable, contrairement à ce que laisse entendre le gouvernement. Il me paraît évident que prélever à chaque Français le même pourcentage sur des produits de consommation grand public et de la vie de tous les jours, dont il est pour le moment difficile de se passer, sans tenir compte du revenu et de la situation – notamment en milieu rural – de ceux qui les utilisent constitue pour moi une véritable escroquerie.

La pauvreté en France

Nul ne peut contester que la paupérisation des Français est réelle et inquiétante. Il convient de la combattre par le bon sens et le génie français. La dette contractée par la République depuis des décennies atteint des sommets inégalés. Cette monstrueuse créance résulte à la fois d’absurdités économiques et d’inconséquences politiques dont j’ai déjà maintes fois parlé. Il faut vraiment vivre dans une tour d’argent pour ne pas se rendre compte de l’extrême pauvreté touchant nos nombreux compatriotes. Avec cette affaire des Gilets Jaunes, certains oligarques ont, semble-t-il, découvert qu’en France des millions de Français n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Jamais les dominants, pouvoir politique et médiatique, n’ont voulu prendre sérieusement la mesure de ce phénomène extrêmement grave et angoissant pour l’avenir. Il a fallu une révolte des sans-grade pour que les privilégiés jettent un oeil angoissé et méprisant sur cette France agonisante.

Les Gilets Jaunes manipulés de l’étranger ?

Très rapidement, une des réactions officielles du gouvernement fut de répliquer que les Gilets Jaunes étaient manipulés par l’étranger. Cette vielle rengaine ressort souvent quand un mouvement spontané émerge face à une autorité politique. Déjà, lors de la Révolution, en 1793, certains révolutionnaires parlaient d’un complot des nobles et de l’Eglise quand une part non négligeable du peuple, sur l’ensemble du territoire national, se rebella naturellement contre les autorités républicaines à cause de la levée en masse, la déchristianisation, la hausse du pain et des grains. En mai 68, les gaullistes expliquaient que le mouvement, qu’il soit ouvrier ou étudiant, était manipulé soit par l’Allemagne de l’Est, soit par les Américains. Certes, ces derniers devaient se frotter les mains de voir De Gaulle dans l’embarras, mais de là à dire qu’ils manigançaient tout, on frôle la ridicule théorie du complot ultime et total.

Il ne faut pas être naïf : il est indéniable que Trump et Poutine se ravissent des difficultés de Macron, mais contrairement aux révolutions colorées, les dollars – à ce jour et personne ne saurait prédire l’avenir -, ni les roubles ne coulent à flot sur les Gilets Jaunes. Ne soyons pas non plus crédules et béni oui-oui. Une fois que la spontanéité du mouvement est passée, il y a bien évidemment des professionnels de l’agit-proprequi prennent les choses en main. On n’organise pas différentes manifestations en France sur plusieurs semaines, sans un minimum de concertations et d’organisation. Cependant, imaginer que la main de l’Oncle Sam ou les héritiers du KGB agitent les Gilets Jaunes tel Geppetto avec sa marionnette n’est vraiment pas sérieux pour ne pas dire plus…

De même, les tentatives grossières de récupération des partis politiques officiels ou de ceux en marge nous renseignent sur le caractère si peu représentatif de ces organisations. Ils tentent de récupérer le mouvement des Gilets Jaunes à leur profit en voulant le phagocyter. S’ils l’avaient construit, ils n’auraient nullement besoin d’être à sa remorque pour se l’approprier. Les Gilets Jaunes ne sont pas de gauche, ni de droite, ni des extrêmes. Ils crient tout simplement leur colère après des années de difficultés et de galères. Ils comprennent enfin que les élections ne servent à rien pour améliorer leurs conditions d’existence, si ce n’est à justifier la domination des puissants.

Il est tout de même important d’écrire que la taxe sur le diesel ne semble être qu’un prétexte à la révolte contre cette société satisfaisant, en définitive, de moins en moins de personnes. Beaucoup n’en peuvent plus. Une minorité seule l’exprime mais de manière illisible sur le plan politique. Les Gilets Jaunes regroupent de nombreux Français laissés sur le bord de la route : retraités, pensionnaires, étudiants, chômeurs, indépendants, agriculteurs, infirmières, auto-entrepreneurs, etc. Différentes revendications politiques sont apparues : Macron démission, démocratie participative ou populaire, référendum d’initiative citoyenne, arrêt de l’immigration, suspension des taxes, etc. Tout bien considéré, les Gilets Jaunes remettent sur le tapis la question de la légitimité en politique.

Quelle légitimité politique ?

En effet, des interrogations se posent : Macron est-il légitime (la pertinence ou non de son action politique relève d’un autre sujet) quand il applique des mesures non inscrites dans son programme présidentiel ? De même, quelle est sa légitimité étant donné que ses promesses de campagne ne sont aujourd’hui pas respectées ? Et surtout, quelle est la légitimité d’un président de la République élu par une minorité d’électeurs donc par une minorité de Français ? Dois-je rappeler qu’au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 moins d’un quart de la population française a choisi l’ancien employé de la Banque Rothschild ? Avez-vous oublié que son élection tient essentiellement au mécanisme du système démocratique français, à savoir ce fameux deuxième tour obligeant non pas à choisir un candidat mais à éliminer celui que les électeurs considèrent comme le plus nocif et le moins bon ? Les Gilets Jaunes, ultra-minoritaires, sont-ils légitimes pour représenter les Français ? Leur désespoir et leur violence valident-ils leur position ?

Les Gilets Jaunes, mais également les différentes manifestations se tenant sous le régime républicain, rappellent l’incohérence de ce système érigeant le peuple en souverain, mais un souverain bien falot. Ce dernier doit déléguer sa souveraineté à un individu ne rassemblant jamais sur sa personne la moitié des Français plus un. La démocratie représentative, sur le plan du concept peut présenter aux yeux de certains quelques atouts, encore que, à titre personnel, je la considère, même sur le plan purement intellectuel, comme totalement incohérente. Quoiqu’il en soit, qu’on lui reconnaisse ou non des vertus d’un point de vue théorique, elle montre de manière factuelle son incapacité à diriger le pays et à surmonter ses diverses discordances.

Objectivement, sont-ils nombreux les Français à se reconnaître dans un Chirac, un Sarkozy, un Hollande ou même un Macron ? Nous pouvons également poser la question en ajoutant Mitterand, Giscard d’Estaing, Pompidou ? Il existe une hypothèque concernant De Gaulle, encore que, comme chacun sait, celui-ci bénéficia d’un contexte très particulier sur lequel beaucoup reste à écrire (4). Concrètement, alors que les nombreux théoriciens de la République, inspirés par les théories de Montesquieu (5), ont combattu l’absolutisme et la monarchie en posant le principe de la séparation des pouvoirs, que constatons-nous depuis des lustres ? Tout le contraire : l’exécutif décide de tout, des lois, des projets, des décrets d’application, des arbitrages, de la conduite des affaires de la France, sans aucun contrôle effectif du peuple, censé être à la fois souverain et représenté par ses élus.

Viol politique ?

Le consentement est le nouveau mot à la mode, depuis l’apparition de toutes ces affaires – réelles ou supposées – gâtant les relations entre les hommes et les femmes. Or cette convenance ne se pratique guère en politique et c’est peu de le dire. Un élu (maire, député, président) ne rend jamais vraiment compte à ses électeurs de son action. Pendant son mandat et dans l’écrasante majorité des cas, l’élu n’attend pas l’assentiment des électeurs, pas plus qu’il ne les consulte pour mener ses différentes actions non inscrites dans son programme de campagne. Faut-il parler de viol politique puisque les élus agissent sans l’approbation de leurs électeurs et de ceux qui n’ont pas voté pour eux ? Certains nous rétorquerons que la future élection permet aux citoyens de valider ou non les réalisations et les projets des élus. Cependant, en cas de mauvais choix répétés et avec les dégâts (politiques, économiques, sociaux) provoqués, est-il raisonnable de laisser un édile aller au terme de sa mandature ? Je ne suis pas démocrate, ni républicain. J’écris ces questions afin de dévoiler les paradoxes de la République.

Liberté ? Egalité ? Fraternité ?

Je remarque donc que tous les théoriciens de l’Egalité prétendant imposer la volonté du peuple et la souveraineté populaire, agissent comme des manichéens. Lors des Guerres de Vendée, les paysans et maraîchers de l’Ouest de la France, de basse extraction sociale, n’étaient pas considérés comme appartenant au peuple par les Conventionnels parce qu’ils défendaient le catholicisme et le royalisme. Les révolutionnaires les qualifiaient même d’ennemis du peuple. C’est dire ! Les bourgeois républicains et libéraux, qu’ils soient issus du XVIIIème ou du XIXème siècle, n’ont pas agi différemment avec le vote censitaire : seuls ceux payant le cens participaient aux élections. Le fermier travaillant dur sans pouvoir s’acquitter d’un impôt assez élevé n’était-il pas du peuple ? Et que dire de la position de la femme dont la position sociale a énormément reculé grâce au Code Civil. Dans l’esprit des rédacteurs de ce monument juridique, les femmes ne devaient-elles pas être comprises comme appartenant au peuple ? Et si elles en étaient à part entière, pour quelles raisons avoir attendu 1944 pour leur accorder le droit de vote ?

La démocratie incarne, dans l’esprit de nombreux Français, le pouvoir du peuple par le peuple. Mais comment est-ce possible si des membres sont écartés, méprisés ou mis de côté en fonction de leur statut social, de leur sexe, voire de leur âge ? Un adolescent de 16 ans n’appartient-il pas au peuple ? De fait, les penseurs démocrates et républicains considèrent qu’ils ne peuvent pas faire confiance à la masse dans les choix décisifs pour le pays. D’où les différentes barrières établies depuis l’avènement de la Première République pour empêcher un nombre important de Français de participer directement à la vie politique. Et que dire de la pratique quasi inexistante du référendum ? Pour quelles raisons est-il si peu usité en France, alors que depuis 1958 il est reconnu, avec le mode représentatif, comme l’une des deux modalités d’expression de la souveraineté nationale ? Tout simplement parce que les dominants se méfient comme de la peste des gens ne leur ressemblant pas.

D’aucuns nous répondront que les barrières sont tombées et que tout Français majeur a aujourd’hui le droit de vote sans distinction de sexe, d’origine, de religion ou d’idéaux politiques. Sur le papier c’est bien joli, mais dans les faits leur système affiche une structure très bien ficelée. Le peuple est présenté comme souverain, mais il délègue sa souveraineté à un individu (président) ou à un groupe d’individus (députés), ne représentant qu’à de rares exceptions près la majorité, pour conduire les affaires politiques du pays. De plus, les journalistes, véritables alliés et alibis des politiques, justifient leur existence en expliquant au bonpeuple bêteet méchant pour qui et pour quelles raisons il doit voter. L’infrastructure sociale permet simultanément la domination des élites sur le peuple et le renouvellement perpétuel de la classe supérieure. Pour faire simple, les têtes changent mais l’esprit demeure. En conséquence, il n’est guère étonnant de retrouver dans des proportions infimes des fils de manutentionnaires parmi les représentants de la Nation ou des Français des classes sociales inférieures occuper les plus hauts postes de l’administration. Cet état de fait persiste depuis de nombreuses décennies. L’Egalité vantée par les idéologues se brisent sur le mur implacable de la réalité.

Vérité politique versus mensonge démocratique

Je constate le mensonge des théoriciens de la démocratie quand ils expriment l’idée que les individus formant la population d’un pays puissent être capables de choix rationnels et objectifs. Ce subterfuge idéologique ne peut être nié, vu que cette souveraineté populaire –  comme écrit plus haut – n’agit que par délégation, et encore de manière très encadrée au gré des élections. Les citoyens votent pour d’autres citoyens qu’ils estiment – à tort – plus compétents pour exercer les fonctions politiques. De la sorte, la démocratie représentative loin d’être le pouvoir du peuple par le peuple, établit une véritable césure entre élus et électeurs. Les premiers ayant moults avantages dont certains me paraissent réellement excessifs, pendant que les seconds se contentent des miettes qu’on leur donne… Pour combien de temps ?

Soyons clairs et dévoilons une nouvelle ambiguïté démocratique : si le peuple se montre assez mature pour désigner le magistrat suprême, pour quelles raisons ne serait-il pas capable de gérer directement les affaires du pays sans aucune intermédiation ? Précisons que les élus sont supposés être les meilleurs représentants d’un peuple, d’un pays ou d’une nation. Détrompez-vous, la démocratie ne devient pas une espèce d’aristocratie (6) – le gouvernement des meilleurs – car les mandatés sont le plus souvent ceux disposant du plus gros budget de campagne. La démocratie matérialise le règne des argentiers. Dans ces conditions était-il vraiment nécessaire de mettre la France à feu et à sang pendant des années à partir de 1789, si l’objectif ne visait que la prise du pouvoir pour le confisquer au profit d’une minorité ?

Néanmoins, l’ambiguïté entre les élus et le reste ne s’arrête pas là. La République  s’enferme dans des antagonismes nécessairement fatal à plus ou moins long terme. Dans l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (7), nous lisons : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression ». Dans le corpus intellectuel de la philosophie des Lumières et de la Révolution française, cette résistance à l’oppressionest vue comme une réaction de défense légitime des gouvernés contre les excès commis par leurs gouvernants. Considérant ce point de vue, la République peut-elle reprocher aux fameux Gilets Jaunes, de manifester afin de lutter contre cet asservissement social, fiscal, économique et politique ? Non ! Sinon la République foulerait allègrement un de ses principes constitutifs qu’elle a gravé dans le marbre. En même temps, l’incohérence ne la dérange pas pourvu qu’elle garde le pouvoir.

Posons clairement le débat : les représentants du gouvernement (Président, Premier Ministre, porte-parole, Ministres) et tous les officiels de l’état peuvent-ils sérieusement reprocher aux Gilets Jaunes le saccage de certaines rues, l’agression des forces chargées du maintien de l’ordre et les dégradations commises à l’Arc de Triomphe ? Bien évidemment que non ! S’ils condamnent ces violences, je leur rappellerai que leur République est née du démontage de la Bastille pierre par pierre et que le sang de Bernard René Jourdan, marquis de Launay (8) et de ses hommes a cimenté ce bel édifice républicain.

Macron face aux Gilets Jaunes

De fait, Macron se trouve face un véritable choix cornélien. Ne pas écouter les Gilets Jaunes signifierait se les mettre à dos. Chacun sera libre de considérer que les manifestations, même violentes, ne donnent rien. Ecouter les Gilets Jaunes, c’est-à-dire accepter leurs revendications les plus communes, signalerait à tous les Français que la violence devient le seul moyen de se faire respecter et entendre du pouvoir politique en place. Ce jeu dangereux finit toujours par se retourner contre tout le monde, adeptes compris. Si la rue devient le seul terrain d’expression politique libre, nous quitterons pour de bon le débat des idées pour rejoindre le rapport de force permanent. La séquence historique qui s’est déroulée à Paris de 1789 (Ouverture des Etats-Généraux) à 1799 (Coup d’Etat de Bonaparte) révèle la dangerosité de cette option…

Ajoutons également que tout geste présidentiel ostentatoire en faveur des Gilets Jaunes sera perçu comme un aveu de faiblesse et comme le symbole des erreurs passées (9). Toute action visant à maintenir le cap fixé par le gouvernement fera de Macron un dictateur (10)(au sens moderne du terme) se drapant dans son orgueil. Il sera alors accusé de ne pas comprendre le peuple en souffrance. La tentation de donner un peu mais pas trop, en somme de faire le grand écart entre fermeté et compréhension, s’apparente à une voie de compromis que le Président de la République emprunte sur la pointe des pieds. Sur le long terme cette stratégie risque de s’avérer perdante.

Pour faire écho au dernier soubresaut populaire d’une certaine ampleur, rappelons brièvement l’historique des Bonnets rouges. Il s’agit d’un mouvement de protestation apparu en Bretagne en octobre 2013, en réaction aux mesures fiscales relatives à la pollution des véhicules de transport de marchandises et aux nombreux plans sociaux de l’agroalimentaire. Cette mobilisation massive en Bretagne s’est traduite par l’occupation de ponts, l’endommagement et la destruction des portiques écotaxes. Cette action d’ampleur et violente, cristallisée en plus par un fort sentiment identitaire face à un pouvoir central jacobin, a déstabilisé le gouvernement. Cela a conduit le Premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault, à annoncer en moins de deux mois, une grande réforme fiscale et un « Pacte d’avenir pour la Bretagne ». Conclusion : la violence peut obtenir des résultats à condition de frapper au bon endroit et de maintenir la mobilisation durant assez longtemps.

Dès le début de son mandat et même au cours de la campagne présidentielle, Macron proclamait tout haut ce que la haute bourgeoisie pense tout bas : il avait parlé des fainéants, des illettrés, des réfractaires au changement, de ceux manquant de moyens pour s’acheter un costume, de ceux portant un bleu de travail, qu’il était facile de trouver un métier puisqu’il suffisait de traverser la rue, etc. Il se plaçait dans la droite ligne de son prédécesseur. Hollande avait osé parler avec morgue des « sans dents » (11). Ce mépris macronien envers les plus faibles, l’affaire Benalla, les choix de sa politique pèseront très lourd en 2022…

Que les choses soient claires, Macron ne tire pas sa légitimité des urnes, du peuple ou de ses réussites en tant que Ministre. Sa place à l’Elysée, il la doit à une propagande savamment orchestrée par l’oligarchie médiatique et financière. Malheureusement, les Gilets Jaunes, pour la plupart, ne saisissent pas cette réalité politique. Macron ne personnifie en fin de compte qu’une des faces visibles de cette nomenklatura détruisant les emplois et pillant les richesses de la France. S’en prendre à lui ou à Edouard Philippe revient à arracher la mauvaise herbe, sans détruire les racines. Je ne crois pas possible, en l’état actuel des choses, que les Gilets Jaunes puissent bâtir une profonde réflexion politique consacrée aux institutions ou aux problèmes majeurs nous accablant. Ils sont trop dans l’émotion, trop dans le malheur, trop dans le désarroi pour mener à bien cet exercice intellectuel. Lénine disait : « on ne fait pas la révolution avec des têtes pleines mais avec des ventres vides ».

Demain la guerre civile ? La révolution ?

Nous ne sommes pas à la veille d’une révolution ou d’une guerre civile. Dire cela c’est mentir, ou prendre ses rêves et ses craintes pour la réalité. Les Gilets Jaunes ne proposent pas de véritable programme, ils n’ont pas de relais crédibles et sérieux dans les médias, pas de structure, pas de moyens financiers conséquents, pas de relations diplomatiques, pas de messages clairs. Peut-être que cela changera ? L’avenir le dira. Pour le moment, leur motivation, leur sincérité et leur naïveté les accompagnent. Ils réussissent à entretenir une petite étincelle. Cette dernière se transformera-t-elle en incendie ? Je ne le pense pas. Il y a encore trop d’écrans plats et de consoles de jeux à acheter, trop de crédits à souscrire pour s’offrir des objets de consommation souvent futiles et surtout les réfrigérateurs sont encore pleins pour de nombreuses familles françaises…

Dans notre pays républicain et profondément jacobin, nous entendons depuis quelques temps des comparaisons douteuses émanant des Gilets Jaunes mais pas seulement. Macron serait un nouveau Louis XVI (12) et le système républicain en déliquescence cet Ancien Régimeen perte de vitesse. Il n’y a rien de commun entre l’héritier d’une tradition remontant au Sacre de Reims et un chef d’Etat républicain tirant sa légitimé du jour d’avant grâce à l’onction cathodique. Je n’en dirai pas plus concernant cette idée niant les spécificités historiques et politiques de la monarchie (13). Il me semble important de ne jamais verser dans les idées fausses et les caricatures outrancières surtout si l’on croit défendre une idée juste.

Les Gilets Jaunes se rebellent contre l’ordre établi parce qu’ils n’en peuvent plus de ces taxes, du chômage, de la précarité, de l’insécurité financière permanente, de ne pas pouvoir vivre décemment de leur emploi s’ils ont en un, de ces injustices sociales et du dédain des dominants. Cependant, les Gilets Jaunes en particulier et les Français en général ne se sont malheureusement pas levés en masse contre cette caste médiatico-politique vendant littéralement la France. Ils n’ont pas protesté vigoureusement, lorsque la France a perdu sa souveraineté, sa liberté, sa monnaie, son drapeau. Face au libre-échange, au libéralisme économique et moral, aux délocalisations, à l’immigration de masse, peu se sont révoltés. Quand les hommes au pouvoir bradent notre savoir-faire et nos fleurons industriels, dilapident les richesses créées par les Français, imposent des programmes scolaires en dépit du bon sens et prennent des mesures contre la loi naturelle, où sont les Français épris de justice et de liberté ?

Une seule alternative possible

La politique sérieuse, juste et équitable demande, que dis-je, exige de la continuité, seule capable de préserver la France de dislocation. Nos intérêts vitaux commandent que le chef de l’Etat soit libre, non soumis au clientélisme financier et à l’affreux régime des partis qui plonge littéralement notre pays dans une guerre civile politique permanente. En France, la République reste synonyme de division. Chaque élection présidentielle résonne comme une défaite pour la France, car elle concrétise la victoire d’une partie de la population sur une autre. Que les Gilets Jaunes et leurs suiveurs ne tombent pas dans ce piège illusoire et grotesque de vouloir gagner quelque chose au dépend d’autrui. Rien de bon ne sortira de cette tambouille politicienne. Qu’ils comprennent que la légitimité politique ne provient pas de la rue, de la violence, des médias ou de la finance…

La France a besoin de retrouver son régime naturel. Louis XIII avait dit : « La France a bien fait voir qu’étant unie elle est invincible, et que de son union dépend sa grandeur, comme sa ruine de sa division ». Nous avons tous une part de responsabilité dans le redressement de notre pays. Le monde de demain, celui que nous léguerons à nos enfants et petits-enfants, peut et doit se construire dès aujourd’hui.

Franck ABED

Franck ABED costume.jpg

 

(1) La France périphérique : Comment on a sacrifié les classes populairesest un essai du  géographe français Christophe Guilluy, paru en septembre 2014 chez Flammarion.

(2) Patrick Le Lay, ancien président directeur général de TF1 avait déclaré en 2004 que le métier des télévisions privées était de vendre « du temps de cerveau humain disponible » aux annonceurs.

(3) Le mouvement des Bonnets rouges est un mouvement de protestation apparu en Bretagne en octobre 2013, en réaction aux mesures fiscales relatives à la pollution des véhicules de transport de marchandises et aux nombreux plans sociaux de l’agroalimentaire.

(4) De Gaulle, un mythe infondé, article publié par l’auteur en novembre 2010

(5) De l’esprit des loispublié en 1748 à Genève

(6) Le terme aristocratievient des racines grecques aristoi(άριστοι), les meilleurs, et kratos(κράτος), pouvoir, autorité, gouvernement.

(7) https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/declaration-des-droits-de-l-homme-et-du-citoyen-de-1789

(8)  Commandant de garnison à la Bastille. Après la chute de la forteresse royale, il est poignardé à plusieurs reprises avec des baïonnettes et reçoit un coup de feu. Après le meurtre, sa tête est sciée par un boucher, Mathieu Jouve Jourdan. Elle est fixée au bout d’une pique et promenée dans les rues de la capitale. De Launay est l’une des premières victimes de la Révolution française, aux côtés d’autres défenseurs de la Bastille, également lynchés.

(9) Edouard Philippe reconnaît déjà des erreurs : https://www.lepoint.fr/politique/gilets-jaunes-edouard-philippe-reconnait-des-erreurs-16-12-2018-2279678_20.php

(10) Dans la Rome antique, le dictateur est un magistrat détenant les pleins pouvoirs, nommé en situation de crise.

(11) Valérie Trierweiler dans son livre Merci pour le momentécrit qu’« en réalité, le président n’aime pas les pauvres» et qu’il parle des « sans-dents» pour les qualifier.

(12) Louis XVI, un homme, un roi, essai politico-historique publié en janvier 2016, à l’occasion des commémorations pour le Roi Martyr.

Pour en savoir plus : https://louisxvimartyr.wordpress.com

(13) Pourquoi être royaliste ?, essai politico-historique publié en juin 2016. Pour approfondir le sujet : https://pourquoietreroyaliste.wordpress.com

La vie des saints pour tous les jours de l’année

La vie des saints pour tous les jours de l’année
Depuis 2016, la chaîne Youtube Gallia – notre histoire de
France s’évertue, aux travers de chroniques historiques, à
redorer le blason de la maison France. Depuis le coup
d’Etat républicain, les historiens de ladite République ont
colporté, relayé par l’Education Nationale, une image
déformée, allant parfois jusqu’au mensonge, de notre
histoire monarchique. Tantôt obscurantiste, tantôt
réactionnaire, cette longue période croule sous les
qualificatifs péjoratifs.

Dès le début de l’année 2018, soutenue par une audience
grandissante, la chaîne Gallia a lancé ses premières rééditions de livres d’histoire traitant de
la période allant de Clovis à Louis XVI. La dernière sortie se nomme “La Vie des saints
pour tous les jours de l’année” de l’abbé Pradier curé de St Agne en Dordogne (1889).
Alors que la foi catholique se fait malmener quotidiennement, la découverte ou la
redécouverte des vertus des illustres saints catholiques devient plus que nécessaire.
Voici un extrait de la préface de Monseigneur Nicolas-Joseph Dabert , Évêque de Périgueux
et de Sarlat (1er juin 1889).
“[…] En ce temps de défaillances, rien n’est plus propre à relever les courages abattus, à
ranimer les âmes énervées, que le spectacle des grandes vertus pratiquées par les saints.
Témoin de ces dévouements généreux, de ces héroïques expiations, de ces renoncements
sublimes, le lecteur se sent pris d’une noble émulation […] ” Nicolas-Joseph Dabert, Évêque
de Périgueux et de Sarlat.
Nous vous laissons, en guise de conclusion, lire la brève présentation de la chaîne par son
auteur.
“A travers cette chaîne, mon ambition est de redonner ces lettres de noblesse à cette
longue période de l’histoire de France qui va du baptême de Clovis à la chute de
Louis XVI. J’y présenterai les actions de nos rois et reines de France, je parlerai des
batailles qui ont façonnées notre pays ou plus simplement les actions de celles et
ceux qui ont oeuvrés pour le bien commun. Cette histoire constitue notre héritage le
plus précieux, il mérite d’être porté à la connaissance de tous. Saint Louis disait :
« avance le bien par tout ton pouvoir ».
La vie des saints pour tous les jours de l’année
Par l’Abbé Pradier – 27 €
Edition Gallia
www.gallia-histoiredefrance.fr

Discours sur la Révolution, par Alexandre Soljenitsyne aux Lucs-sur-Boulogne (1993)

En 1978 le grand historien François Furet écrivait déjà : « l’œuvre de Soljenitsyne a posé partout la question du Goulag au plus profond du dessein révolutionnaire ; il est inévitable que l’exemple russe vienne frapper comme un boomerang son « origine » française […] Aujourd’hui le Goulag conduit à repenser la Terreur, en vertu d’une identité dans le projet. Les deux révolutions restent liées. »* C’est donc naturellement qu’en 1993 Soljenitsyne préside l’inauguration du Mémorial de Vendée, sur les lieux même d’un Oradour-sur-Glane jacobin, pour y rappeler la filiation directe des totalitarismes du XXe siècle avec la 1re République populicide.

* François FuretPenser la Révolution, Gallimard, Folio-Histoire, 1978, p.29.

Discours prononcé par Alexandre Soljenitsyne, prix Nobel de littérature (1970) aux Lucs-sur-Boulogne, le 25 septembre 1993, pour l’inauguration du Mémorial de Vendée  : 

. le président du Conseil général de la Vendée, chers Vendéens,

Il y a deux tiers de siècle, l’enfant que j’étais lisait déjà avec admiration dans les livres les récits évoquant le soulèvement de la Vendée, si courageux, si désespéré. Mais jamais je n’aurais pu imaginer, fût-ce en rêve, que, sur mes vieux jours, j’aurais l’honneur inaugurer le monument en l’honneur des héros des victimes de ce soulèvement.

 

Vingt décennies se sont écoulées depuis : des décennies diverses selon les divers pays. Et non seulement en France, mais aussi ailleurs, le soulèvement vendéen et sa répression sanglante ont reçu des éclairages constamment renouvelés. Car les événements historiques ne sont jamais compris pleinement dans l’incandescence des passions qui les accompagnent, mais à bonne distance, une fois refroidis par le temps.

Longtemps, on a refusé d’entendre et d’accepter ce qui avait été crié par la bouche de ceux qui périssaient, de ceux que l’on brûlait vifs, des paysans d’une contrée laborieuse pour lesquels la Révolution semblait avoir été faite et que cette même révolution opprima et humilia jusqu’à la dernière extrémité.
Eh bien oui, ces paysans se révoltèrent contre la Révolution.

C’est que toute révolution déchaîne chez les hommes, les instincts de la plus élémentaire barbarie, les forces opaques de l’envie, de la rapacité et de la haine, cela, les contemporains l’avaient trop bien perçu. Ils payèrent un lourd tribut à la psychose générale lorsque le fait de se comporter en homme politiquement modéré — ou même seulement de le paraître — passait déjà pour un crime.

 La Révolution malheur des peuples

C’est le XXe siècle qui a considérablement terni, aux yeux de l’humanité, l’auréole romantique qui entourait la révolution au XVIIIe
De demi-siècles en siècles, les hommes ont fini par se convaincre, à partir de leur propre malheur,

  • que les révolutions détruisent le caractère organique de la société,
  • qu’elles ruinent le cours naturel de la vie,
  • qu’elles annihilent les meilleurs éléments de la population, en donnant libre champ aux pires.

Aucune révolution ne peut enrichir un pays, tout juste quelques débrouillards sans scrupules sont causes de morts innombrables, d’une paupérisation étendue et, dans les cas les plus graves, d’une dégradation durable de la population.

Le mot révolution lui-même, du latin revolvere, signifie rouler en arrière, revenir, éprouver à nouveau, rallumer. Dans le meilleur des cas, mettre sens dessus dessous. Bref, une kyrielle de significations peu enviables. De nos jours, si de par le monde on accole au mot révolution l’épithète de « grande », on ne le fait plus qu’avec circonspection et, bien souvent, avec beaucoup d’amertume.

 L’utopie révolutionnaire est sourde aux leçons du passé

Désormais, nous comprenons toujours mieux que l’effet social que nous désirons si ardemment peut être obtenu par le biais d’un développement évolutif normal, avec infiniment moins de pertes, sans sauvagerie généralisée. Il faut savoir améliorer avec patience ce que nous offre chaque aujourd’hui.

Il serait bien vain d’espérer que la révolution puisse régénérer la nature humaine. C’est ce que votre révolution, et plus particulièrement la nôtre, la révolution russe, avaient tellement espéré.

La Révolution française s’est déroulée au nom d’un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s’exclure mutuellement, sont antagoniques l’une de l’autre !

  • La liberté détruit l’égalité sociale — c’est même là un des rôles de la liberté —, tandis que
  • l’égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait y atteindre.
  • Quant à la fraternité, elle n’est pas de leur famille. Ce n’est qu’un aventureux ajout au slogan et ce ne sont pas des dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle est d’ordre spirituel.

Au surplus, à ce slogan ternaire, on ajoutait sur le ton de la menace : « ou la mort », ce qui en détruisait toute la signification.

Jamais, à aucun pays, je ne pourrais souhaiter de grande révolution. Si la révolution du XVIIIe siècle n’a pas entraîné la ruine de la France, c’est uniquement parce qu’eut lieu Thermidor.

La révolution russe, elle, n’a pas connu de Thermidor qui ait su l’arrêter. Elle a entraîné notre peuple jusqu’au bout, jusqu’au gouffre, jusqu’à l’abîme de la perdition. Je regrette qu’il n’y ait pas ici d’orateurs qui puissent ajouter ce que l’expérience leur a appris, au fin fond de la Chine, du Cambodge, du Vietnam, nous dire quel prix ils ont payé, eux, pour la révolution.

L’expérience de la Révolution française aurait dû suffire pour que nos organisateurs rationalistes du bonheur du peuple en tirent les leçons. Mais non !

 Les « Vendéens » de Russie

En Russie, tout s’est déroulé d’une façon pire encore et à une échelle incomparable.
De nombreux procédés cruels de la Révolution française ont été docilement appliqués sur le corps de la Russie par les communistes léniniens et par les socialistes internationalistes. Seul leur degré d’organisation et leur caractère systématique ont largement dépassé ceux des Jacobins.

Nous n’avons pas eu de Thermidor, mais — et nous pouvons en être fiers, en notre âme et conscience — nous avons eu notre Vendée. Et même plus d’une.

  • Ce sont les grands soulèvements paysans, en 1920-21. J’évoquerai seulement un épisode bien connu : ces foules de paysans, armés de bâtons et de fourches, qui ont marché sur Tanbow, au son des cloches des églises avoisinantes, pour être fauchés par des mitrailleuses. Le soulèvement de Tanbow s’est maintenu pendant onze mois, bien que les communistes, en le réprimant, aient employé des chars d’assaut, des trains blindés, des avions, aient pris en otages les familles des révoltés et aient été à deux doigts d’utiliser des gaz toxiques.
  • Nous avons connu aussi une résistance farouche au bolchévisme chez les Cosaques de l’Oural, du Don, étouffés dans les torrents de sang. Un véritable génocide.

 Plus jamais ça !

En inaugurant aujourd’hui le mémorial de votre héroïque Vendée, ma vue se dédouble. Je vois en pensée les monuments qui vont être érigés un jour en Russie, témoins de notre résistance russe aux déferlements de la horde communiste. Nous avons traversé ensemble avec vous le XXe siècle. De part en part un siècle de terreur, effroyable couronnement de ce progrès auquel on avait tant rêvé au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, je le pense, les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux estimer, à garder avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée.

Alexandre Soljénitsyne

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